Il suffisait parfois d’un regard fatigué de Kurt Russell pour donner à la première saison de Monarch : Legacy of Monsters une humanité inattendue au milieu du chaos numérique. Plus maîtrisée et plus spectaculaire, cette seconde saison semble malheureusement avoir sacrifié une partie de cette étrange fragilité sur l’autel du grand univers partagé MonsterVerse.

Les responsables de Monarch : Legacy of Monsters semblent avoir entendu les reproches adressés par les fans du MonsterVerse à la première saison de leur série : il y a cette fois davantage de monstres, davantage d’action, davantage de destruction spectaculaire, davantage de connexions avec les longs métrages du MonsterVerse. Bref, davantage de ce que les amateurs de kaijus étaient venus chercher sur Apple TV+… avant de découvrir, non sans une certaine consternation, que la saison inaugurale passait beaucoup plus de temps à raconter les peines de cœur de ses personnages qu’à montrer Godzilla et ses potes monstrueux détruisant des villes entières.
Le problème, c’est qu’en corrigeant une partie de ses « défauts », Chris Black et Matt Fraction ont pris le risque de perdre au passage ce qui faisait son étrange charme. Car, comme nous l’avions souligné à sa mise en ligne, la première saison de Monarch : Legacy of Monsters était profondément bancale. Une longue errance narrative peuplée de personnages secondaires aussitôt apparus aussitôt oubliés, de sous-intrigues ne menant nulle part, de secrets artificiellement étirés sur dix épisodes, et de dialogues régulièrement embarrassants. Et pourtant, quelque chose de sincère survivait au milieu de ce grand bazar, hésitant constamment entre le mélodrame familial, le film de monstres, la série B de science-fiction et le soap opera générationnel… Il y avait évidemment la présence de Kurt Russell, toujours capable, à 75 ans passés, d’apporter en quelques regards fatigués davantage de cinéma que des bataillons entiers d’acteurs interchangeables élevés dans les franchises contemporaines.
La saison 2 est bien différente : plus disciplinée, plus structurée, plus clairement intégrée à la grosse machine du MonsterVerse. Plus de Titans, des enjeux plus « globaux », des connexions plus explicites avec King Kong et Godzilla. Désormais, Monarch ressemble davantage à ce qu’elle était sans doute dans l’esprit des financiers ayant ouvert leurs portefeuilles : un produit de franchise chargé de préparer les futures extensions cinéma du MonsterVerse. Les anomalies quasi oniriques de la première saison deviennent cette fois un territoire cartographié, expliqué, rationalisé. Exit le vertige « psychédélique », place au manuel d’utilisation. Comme si les producteurs de 2026 avaient oublié l’une des grandes leçons du cinéma fantastique – mais pas que : trop d’explications tuent l’imaginaire.
Mais bon, heureusement, Monarch continue malgré tout à fonctionner… au moins par moments. Dès qu’un épisode ralentit pour laisser respirer ses personnages, dès qu’un acteur impose un peu de présence humaine au milieu du vacarme numérique, dès qu’un Titan surgit dans toute sa dimension grotesque et mythologique, on retrouve quelque chose d’attachant.
Finalement, ce qui est très clair avec cette seconde saison, c’est que, alors qu’Apple TV+ veut transformer Godzilla et King Kong en franchise « de prestige” portant l’ADN de la plateforme, cet univers ne nous touche que lorsqu’il accepte sa propre idiotie. Lorsqu’il renoue avec ce que le « cinéma de monstres » a toujours eu de profondément enfantin, d’excessif, et de foutraque. La grande idée originale de la série était de rajouter au brouet grossier du cinéma kaiju de vrais personnages (Shaw et Keiko, avant tout) interprétés par des acteurs charismatiques (les Russells père et fils, Mari Yamamoto), et de laisser tout ça entrer en ébullition. Ce serait bien que la troisième saison en revienne à la recette initiale !
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Eric Debarnot
