Les Italiens de Vanessa Van Basten signent un disque dense, hypnotique et profondément singulier. Entre post-rock, textures industrielles et envolées quasi cinématographiques, le groupe façonne une œuvre immersive. Un album exigeant, mais d’une beauté saisissante.

Contrairement aux promesses et au bon vouloir d’adipeux businessmen, il ne reste plus aux artistes de la scène actuelle qu’à répondre aux exigences du marché par une fin de non-recevoir. Grand bien nous fasse, et c’est en cela que Subsound Records réussit à brouiller les pistes avec un catalogue musical de haute volée. Justement, de beauté et d’intensité, il en est question dès que l’on tend l’oreille à Vanessa Van Basten. Tout porte à croire que l’Italie connaît une renaissance musicale qui fait hélas défaut à la France. En écoutant Yes, album déroutant et fascinant, plusieurs questions se posent : quels sont les critères qui rendent une musique appréciable ?
Étonnante mixture musicale que celle réunie par cet album en six titres, aux confluences d’une faille temporelle où s’entrecroisent plusieurs courants assimilables au post-rock, bien que ce disque s’en détache par sa trajectoire puissamment évocatrice d’images symboliques (Dying in My Bed). Tant qu’à se dépêtrer des oripeaux, Morgan Bellini, fondateur du groupe, revient après une période d’absence, gravitant autour d’une nébuleuse tel un satellite s’éloignant des liens étriqués d’un milieu musical inféodé à un genre trop réducteur. Car d’expansion, il en est question ici et, à mesure que l’écoute progresse, on se retrouve capturé par cette particularité mélodique dont le morphisme trahit des musiciens chevronnés. Écoutez donc Heartheaven et vous comprendrez pourquoi le chanteur de Lamb of God, Randy Blythe, considère depuis plusieurs années le groupe comme culte, subtil et original.
L’instrumental Giornada De Legno procure une étrange sensation de vertige, agréable au demeurant. Il n’y a pas l’ombre d’une économie d’énergie : les textures de guitares se greffent aux rythmes, formant une pâte consistante qui s’étire sans jamais exagérer ni pencher vers un quelconque remplissage. Vanessa Van Basten grave les cieux et les plafonds d’une encre indélébile ; leur musique se libère de la redite de riffs pachydermiques.
Chacun y trouvera une expérience personnelle, presque métaphysique. La Vita è La Droga Della Morte constitue le point d’ancrage de l’album, l’acmé musical absolu où tout se dilue dans une euphorie digne d’une œuvre cinématographique. De surcroît, chaque titre possède cette imprévisibilité qui conduit vers un plaisir décuplé ; l’oreille se nourrit de ces murs sonores palpables et monolithiques.
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Franck Irle
