Les Boo Radleys sortent leur troisième album depuis leur reformation en 2022, et c’est du sérieux. Éclectique, mélodique et inspiré, In Spite Of Everything montre tout ce que la formation est encore capable d’offrir en 2026. Un retour bienvenu.

Nous étions allés voir les Boo Radleys à la Maroquinerie en octobre dernier, et nous vous avions raconté combien le concert nous avait plu. Après cette chronique, nous avions échangé avec eux sur les réseaux sociaux autour d’une question simple : étions-nous venus par nostalgie de leur grand passé des années 90, ou attendions-nous encore quelque chose de cette reformation de 2022, déjà forte de deux albums ? La réponse n’était pas si simple, y compris pour eux. Car il leur manque toujours leur principal créateur de l’époque, Martin Carr, le Brian Wilson du rock indé, compositeur de ces morceaux et mini-symphonies qui ont marqué leur histoire. Invité à rejoindre l’aventure, il a préféré poursuivre ses projets personnels. De fait, Keep On With Falling (2022) et Eight (2023) avaient leurs qualités, sans toutefois retrouver la magie d’antan, ce que le trio semblait lui-même admettre en ne gardant qu’un seul titre de cette période dans sa setlist. Nous avions fini notre discussion avec eux en leur promettant de jeter une oreille attentive à leurs prochains travaux en studio. Sans énormément de conviction, avouons-le.
La formation a pris son temps : In Spite Of Everything paraît en ce printemps 2026, précédé d’échos encourageants. Et le résultat est remarquable, retrouvant souvent ce qui nous avait fait adorer les Boo Radleys et leur avait donné un statut quasi-culte. Affected/Rejected démarre en trombe, entre psychédélisme et guitares post-punk, avant que la voix de Sice ne nous emporte. Premier single, Solarcide retrouve la luminosité de Wake Up Boo! et s’appuie sur une superbe mélodie. Do Better, Know Better fait encore mieux : c’est entraînant, immédiat, presque imparable. Puis Hey I Know glisse vers une dream pop éthérée avant de se charger de guitares shoegaze, portée par un Sice dont la voix semble intacte, trente ans plus tard. Ce début de disque est un vrai bonheur.
Le ton se fait ensuite plus grave avec Living Is Easy, chanson sur le deuil et l’impuissance. Inspiré par l’épreuve traversée par le bassiste Tim Brown, qui a perdu l’un de ses fils, le texte met en regard les drames géopolitiques et les catastrophes des dernières décennies (du World Trade Center aux guerres, jusqu’à Trump) avec les tragédies de la sphère intime (« On the 20’s my child would fall / What could I do / Nothing at all »). Le morceau conserve pourtant une légèreté troublante. Sice, Tim et Rob ont largement passé la cinquantaine, et l’insouciance totale de Wake Up Boo!, symbole du printemps qui arrive en Angleterre, n’est plus tout à fait de mise. King Budgie peine un peu à exister après un tel départ et paraît plus anecdotique. Mais les Boo Radleys retrouvent vite une forme de perfection pop avec Through The Crack In The Window, avant un dernier tiers d’album particulièrement convaincant.
Tout commence avec l’imparable Bring Them Back Again. Indie rock, Brit rock, electro-funk : le morceau brasse large, mais ce que l’on retient surtout, c’est son irrésistible énergie dansante. Et puis il y a notre petite préférée, This Is The Place, une splendeur qui n’a rien à envier aux chefs-d’œuvre de Martin Carr. Celle-là, on la veut au Trabendo en octobre prochain : en live, cela doit être parfait. Song For Natalie est une autre chanson sur le deuil, poignante élégie musicale dont nous n’avons pas trouvé le contexte. Le disque se referme ensuite sur le surprenant et ambitieux Wasn’t I Enough?, qui rappelle le shoegaze de leurs débuts.
L’ensemble est une réussite aussi étonnante qu’inattendue. De Martin Carr, il manque surtout ce son de guitare si caractéristique. Mais In Spite Of Everything s’impose sans peine parmi les belles réussites discographiques des Boo Radleys, et constitue clairement leur meilleur album depuis leur retour.
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Laurent Fegly
The Boo Radleys – In Spite Of Everything
Label : Boostr Music
Date de parution : 1er mai 2026
