Rone – Megaptera : le très grand bleu

La fanbase de Rone s’est significativement élargie avec l’arrivée de baleines ! Entre deux vagues et quelques synthés modulaires, le musicien signe avec Megaptera un album-documentaire qui interroge notre rapport à la nature et à la musique.

Rone
© Valentin Paol / InFiné

La musique électronique arrive souvent par couches successives : chez Rone, cela se fait de manière très organique, comme des vagues sonores. Il utilise également une reverb particulière qui donne l’impression d’être dans un espace infini, c’est donc tout naturellement qu’un marin a décidé de jouer ses albums à fond, au milieu de l’océan. Le kiff ! Un jour, des baleines se sont invitées à sa free party océanique autour de son embarcation, et il a partagé l’événement sur internet. Un autre bateau a eu la même expérience, et le phénomène a suscité la curiosité des internautes : pourquoi cette musique plaît-elle aux baleines ? Serait-il possible d’organiser une collaboration avec ces autres mammifères chantants ?

MegapteraLe réalisateur de documentaire Valentin Paoli s’empare de cette bonne histoire et propose à Rone de s’embarquer, littéralement, dans une aventure un peu folle qui l’emmènera de son home studio jusqu’à l’ile de la Réunion en passant par des rencontres avec d’autres musiciens pour parler synthés modulaires, faire chanter la Maîtrise de Radio France, creuser l’aspect scientifique des chercheurs bio-acousticiens, éthologues…

Rone et le cinéma, c’est un duo qui fonctionne bien. Il a l’art de créer des univers inspirants et une tension au service de la narration. Césarisé en 2021 pour la musique du film La Nuit Venue de Frédéric Farrucci, il a également reçu une nomination pour celle de Les Olympiades de Jacques Audiard, et a réalisé la bande originale de la série d’Argent et de Sang. Erwan Castex (de son vrai nom) n’est pas non plus nouveau dans le monde de l’écologie. Dans le spectacle Room With A View, une pièce musicale et chorégraphique donnée au théâtre du Châtelet, il abordait déjà ces thèmes.

Dans le cas de Megaptera, la musique et l’histoire sont si fortes que je ne sais pas si le documentaire est un compagnon de l’album ou si l’album est la bande originale du documentaire. C’est une balade en mer, une quête scientifique et artistique, un pari improbable, un dialogue entre le musicien et la nature… bref tout un univers qui respecte le temps long de la nature, et de la création, sans précipitation ni stress.

Bien sûr, on y entend chanter des baleines, mais aussi la Maîtrise de Radio France parce que Rone ne sait pas chanter, et qu’il voulait que des humains donnent la réplique aux cétacés. Il y a aussi Yael Naim qui prête sa voix à un superbe morceau onirique, rappelant que le compositeur de musique électronique a au fil des années multiplié les collaborations avec d’autres musiciens et musiciennes de talent (The National, Étienne Daho, Blonde Redhead…).

Cette musique très accessible posent des questions existentielles comme « Est-ce que chanter avec les baleines ne risque pas de perturber leurs chants nuptiaux et donc la reproduction de cette espèce menacée ? », et de remettre gentiment l’Homme à sa place de mini-organisme (les mégaptères femelles mesurent dans les 15 mètres). C’est un appel sans injonction à reprendre nos responsabilités et soigner notre colocation sur la Terre, histoire de ne pas complètement perdre notre caution quand nous passerons dans l’au-delà.

Megaptera est une invitation qu’il serait dommage de laisser passer, un album qui invite à la réflexion sans se prendre la tête, tout en faisant du bien aux tympans.

Jean-Christophe Gé

Rone – Megaptera
Label : InFiné
Date de parution : 12 juin 2026

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