Qu’attendre encore d’un film de Spider-Man ? Pas grand-chose, ce qui évitera d’être déçu par ce Brand New Day sans surprises. Ou alors, on pourra comme notre rédacteur aller le voir au milieu de l’un de ces publics enthousiastes susceptibles de transformer une séance de cinéma en moment de fête…

Le “9 heures des Halles” est une petite institution dans le monde des cinéphiles (parisiens…). Il s’agit de la première projection du mercredi à l’UGC Ciné Cité les Halles à Paris, un complexe de 27 salles régulièrement classé parmi les cinémas enregistrant le plus grand nombre de spectateurs par an au monde. Cette première séance est particulièrement scrutée par les distributeurs, parce qu’elle donne un baromètre du box-office à venir, en tenant bien évidemment compte de son horaire, et du public auquel elle s’adresse.
Mais le 9h des Halles, c’est aussi le rendez-vous des spectateurs désirant fêter la sortie d’un film en se rendant à sa première projection. Dans cet horaire atypique, où l’on a tendance à remplacer les pop-corn/soda par le café/croissant, une foule peu familiale se presse, ravie d’assister à un micro-événement. On distribue quelques goodies inutiles (carte, badge) pour marquer le coup, et il y a deux semaines Florent Bernard, le co-scénariste d’Evil Dead Burn, récompensait les courageux en offrant des confiseries directement dans la salle.
Le 9 h des Halles est sans doute la meilleure configuration pour voir le nouveau Spider-Man : 400 personnes ayant fait l’effort de se lever aux aurores pour fêter le retour d’une idole qui passe les modes, et vole tranquillement au-dessus du marasme dans lequel s’enlisent les blockbusters de super-héros depuis quelques années. Pas grand-chose de Brand New dans cet opus, soyons honnête, gentiment indigent, où l’on recycle les mêmes motifs, en tentant de convier l’audience de Stranger Things par l’emprunt de son cast et de ses ressorts scénaristiques. Ça coche gentiment les cases, ça t’énerve un Hulk qui voulait juste rester tranquille, ça convie des personnages que je ne connais pas, pour placer les pions des opus suivants tout en clignant de l’œil à ceux qui font encore l’effort de suivre.
Tout ça n’est pas foncièrement mauvais, et même si le trio de tête commence à vieillir pour continuer à jouer l’innocence Disney, on se prend à avoir une certaine sympathie pour un Tom Holland qui prend un peu de bouteille, et pourrait finir par devenir un comédien dans les prochaines années. L’action remplit son contrat, et s’offre même quelques séquences dynamiques plutôt bien troussées, que ce soit par les bonds d’une conscience d’un corps à l’autre au sein de la foule, ou grâce à des combats chorégraphiés avec des adeptes des arts martiaux. Un bon film d’1h45, en somme, qu’Hollywood ne peut s’empêcher d’étoffer par des flash-backs inutiles, et une morale qui sent bon le développement personnel, tout en recyclant la finesse de Batman vs. Superman pour trouver des traumas communs aux antagonistes.
Mais l’affaire est pliée : on sait que le film va « performer », et qu’il n’y aura aucune raison de ne pas lui donner une énième suite, qui pourra, elle aussi, convier les souvenirs des précédents opus. On pourrait s’en désoler, fustiger le manque d’imagination de l’industrie, indexé sur l’absence de courage des spectateurs à se déplacer vers des contrées un peu plus audacieuses. Et puis on regarde autour de soi, cette salle de 400 personnes dans une ambiance festive à 8h45, qui frétille devant les bande-annonces du prochain rendez-vous du fameux Dune/Doomsday, on les écoute réagir aux amours de l’endive et de MJ, rire à des blagues convenues, s’indigner de certains twists, et il y a quelque chose de foncièrement sympathique dans cette séance. L’impression d’accompagner une gigantesque classe d’enfants prêts à jouer le jeu, et se réjouir de voir que le cinéma populaire et sa dimension collective existent encore.
C’est déjà ça.
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Sergent Pepper
