« Une histoire d’amour et de violence » d’Olivier Bourdeaut : au nom du père

Une histoire d’amour et de violence est un cri d’amour et de réconciliation envers un père maltraitant. Dans ce récit intime, Olivier Bourdeaut exorcise ses démons en revenant sur des scènes marquantes de tyrannie paternelle frôlant la folie et parfois le ridicule. L’auteur raconte une famille dysfonctionnelle, la sienne, pour le meilleur et pour le pire.

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Francesca Mantovani © Editions Gallimard

Il aura fallu quelques années après le succès fulgurant de son roman En attendant Bojangles pour qu’Olivier Bourdeaut ressente le besoin de revenir sur son enfance et son adolescence cabossées par la fureur destructrice de son père. Sûrement que devenir père à son tour aura aussi fait partie des éléments déclencheurs qui l’ont mené à l’écriture de ce récit tout en sensibilité, à la qualité littéraire indéniable.

Une-histoire-d-amour-et-de-violenceOlivier Bourdeaut a grandi dans une famille de la bourgeoisie nantaise : père notaire, mère au foyer, grande fratrie, messe tous les dimanches et grand appartement au cœur de la ville. Mais derrière cette façade de respectabilité se cache la violence d’un père alcoolique. Les brimades et les coups pleuvent régulièrement, pour la moindre pacotille. Une mauvaise note, et Olivier Bourdeaut les enfilait comme des perles, un regard qui ne convenait pas, une parole malheureuse, et l’enfant était puni, frappé, humilié. Aussi bien l’auteur que ses frères et sœurs ont subi l’ire paternelle jusqu’à la déraison.

Une histoire d’amour et de violence commence par une scène cocasse. Aux obsèques de son père, toute l’assistance ne fait que féliciter Olivier Bourdeaut pour son succès récent et très médiatique de son roman En attendant Bojangles. Dan sl’église, clins d’œil complices, signes du pouce et sourires de fierté remplacent les mines affligées normalement de circonstance. Après des années d’errance durant lesquelles l’auteur a répondu à la violence par la violence, il a réussi à sortir la tête de l’eau pour écrire ce roman qui est le contrepied de ce qu’il a vécu enfant.

Et évidemment, son père lui fait un ultime pied de nez en mourant au moment où le fils prodigue aurait pu prouver à son père sa valeur. Il aura été maître en son royaume familial jusqu’au bout. Quand il revient sur son enfance, Olivier Bourdeaut se rappelle les coups, les punitions à genoux au coin pendant que ses frères et sœurs déballaient leurs cadeaux au pied du sapin, les humiliations. Il ne s’épargne pas et raconte comment la victime est devenu bourreau dès son enfance envers ses camarades de classe.

La famille frisait la folie par moments : le grand frère qui se balançait d’avant en arrière à table, la petite sœur qui hurlait et qui menaçait de se jeter par la fenêtre, lui qui anticipait la punition en se mettant tout seul en position de repentance, devançant l’appel. Mais l’auteur se rappelle aussi l’amour qu’il a porté à son père, l’envie de bien faire, la colère envers celui ou celle de la fratrie qui contrariait le maître de la maison et qui gâchait la fête. Il fallait choisir son camp. Enfant, c’était celui du père. Adolescent, il a rendu les coups. Jeune adulte, il a vivoté, s’est défoncé au shit et s’est nourri de bagarres d’ivrognes jusqu’à frôler la mort.

Mais Une histoire d’amour et de violence ne se résume pas à une énumération de scènes brutales. Dans ce récit intime se cachent des moments solaires avec une mère aimante qui s’affranchit peu à peu de l’autorité paternelle. Olivier Bourdeaut raconte aussi l’amour qu’il éprouve pour ses parents. Même si rien n’est pardonnable, il a cherché les raisons de cette violence. Il a pu avoir quelques réponses qui lui ont permis de mieux comprendre ce père.

Olivier Bourdeaut s’est apaisé, ses parents sont partis vivre sur la Costa Blanca, en Espagne. C’est sous le soleil qu’il a trouvé l’inspiration pour En attendant Bojangles. C’est là-bas qu’il s’est rapproché d’un père affaibli par la maladie. C’est aussi là-bas que sa mère vit sa deuxième vie après la disparition de son mari, entourée de femmes bienveillantes. Il s’y est marié et s’est réconcilié avec lui-même.

Une histoire d’amour et de violence est un récit âpre et drôle à la fois, comme l’a été la vie d’Olivier Bourdeaut dans cette famille dysfonctionnelle. Son écriture ciselée et son humour transforment ce qui pourrait être un récit plein de pathos en un vrai moment de littérature. Les derniers chapitres sont lumineux, comme le soleil de la Costa Blanca.

Caroline Martin

Une histoire d’amour et de violence
Roman d’Olivier Bourdeaut
Editeur : Gallimard
240 pages, 20,50 euros
Date de parution : 30 avril 2026

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