Après avoir été le plus mauvais film de la longue filmographie de Scorsese, voici qu’une nouvelle adaptation de Cape Fear devient la pire série produite par Apple TV+ depuis belle lurette. De quoi soupçonner une véritable malédiction…

En 1962, J. Lee Thompson réalisait Cape Fear (Les Nerfs à Vif, nouvel exemple de la « traduction française » médiocre d’un titre de film puissant), remarquable polar psychologique opposant Max Cady, un homme sortant de la prison où il avait été jeté pour agression sexuelle, et l’avocat Sam Bowden, qui l’avait fait condamner. Cady mène une guerre des nerfs contre Bowden en jouant sur les craintes de ce dernier par rapport à sa femme et sa fille. Adapté d’un roman noir de John D. MacDonald, The Executioners, le film était surtout mémorable grâce à l’opposition de deux véritables monstres sacrés, Gregory Peck et Robert Mitchum, ce dernier ajoutant à filmo un autre rôle de psychopathe ultime, incarnation du Mal absolu, jusqu’à l’animalité.
30 ans plus tard, Scorsese a la mauvaise idée d’en faire un remake (poussé par son ami Spielberg à la production), réalisant pour le coup son plus mauvais film, en dépit de la présence de De Niro, qui en fait des tonnes mais est régulièrement à côté de la plaque, dans le rôle de Max Cady. Evidemment, Scorsese, fidèle à ses obsessions, a chargé son personnage d’un mysticisme religieux qui affaiblit le sujet, tout en s’enlisant dans une lourdeur démonstrative dont il n’est pas coutumier. Une véritable croûte.
Et voilà que, un peu plus de 30 ans plus tard, Scorsese et Spielberg, sans doute encore fiers de leur coup (le film de 1991 a été le plus gros succès commercial de Scorsese), décident de remettre le couvert, co-produisant une série TV de 10 épisodes pour la bonne maison Apple TV+ (soit quand même, avec HBO, l’une des maisons de production dont le nom signifie encore une véritable qualité de leurs séries…). Javier Bardem, dont nul n’a oublié l’hallucinant psychopathe qu’il jouait dans No Country for Old Men, est appelé à la rescousse, et il faut reconnaître que c’est une excellente idée, puisque Bardem, un grand acteur, ne répète pas sa performance mémorable chez les frères Coen, mais va chercher de nouvelles ressources pour composer un être aussi séduisant qu’effrayant, un bourreau qui est avant tout une victime.
C’est malheureusement la seule bonne idée de la série, tout le reste (scénario, réalisation, interprétation des autres acteurs) étant littéralement désastreux. Car le principe appliqué par le showrunner Nick Antosca à cette nouvelle adaptation de Cape Fear est d’en rajouter à tout point de vue dans l’excès, sans doute pour empêcher le téléspectateur somnolent de trop scroller sur son portable : deux enfants dont un schizophrène au lieu d’un dans le couple Bowden, implication de la Mme Bowden (Amy Adams, qui peine de manière visible à comprendre son personnage) dans l’histoire au côté de son mari (Patrick Wilson, insignifiant comme toujours), ajout d’une multitude de personnages secondaires et de rebondissements absurdes, accumulation de scènes d’horreur gore et de détails répugnants, complexification inextricable de l’intrigue et de ses soubresauts… et surtout obsession répétitive (au point d’en devenir un gag !) pour la paternité ! Très rapidement, toute personne encore saine d’esprit implore la pitié, non de Max Cady, mais bien de Scorsese et Spielberg, et de la horde de réalisateurs (un par épisode) faisant – comme des cochons – leur travail de mercenaires, et rendant grotesque une scène sur deux.
Est-il nécessaire d’en dire plus ? Oui ! Savannah est vraiment un cadre épatant pour tourner un film. Mais ça, on le savait déjà, et depuis longtemps. Depuis le Minuit dans le Jardin du Bien et du Mal de Clint Eastwood. Tiens, Eastwood, voilà un réalisateur qui aurait pu faire un excellent remake, digne du film de Thompson, de ce Cape Fear, qui prend désormais l’allure d’une malédiction.
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Eric Debarnot
