Yannick Haenel retrouve son personnage de Jean Deichel, jeune professeur confronté aux réalités parfois brutales du monde enseignant. Entre réalisme, humour, poésie et mélancolie, l’auteur livre un roman tendre et attachant.

Par le passé, ou du moins dans une autre vie, Yannick Haenel a été professeur de lettres avant de devenir écrivain. C’est sans doute pourquoi on retrouve son personnage désormais récurrent, Jean Deichel, fraîchement reçu à l’agrégation et sur le point d’entrer dans le métier, un beau matin de septembre, comme stagiaire au collège Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie.
Le collège est gris, l’accueil plutôt glacial, Jean est stressé et commet sa première bourde de l’année dès le jour de la pré-rentrée, en fumant une cigarette dans la cour. Mais très vite, il découvre sa classe, apprend à connaître ses élèves, à les apprivoiser, et tente de leur transmettre le goût des belles lettres et de la poésie.
Lui qui a la vocation chevillée au corps va pourtant connaître quelques difficultés d’intégration. Les collègues ne sont pas toujours très tendres avec lui, et à cela s’ajoutent des problèmes de logement qui vont le conduire, en plus de son métier d’enseignant, à servir de concierge pour un tennis-club. Sans compter les raideurs de l’administration et quelques désagréments au sein de l’établissement, qui vont peu à peu faire vaciller ses certitudes.
Tout cela, le narrateur le raconte avec un regard à la fois tendre et critique sur le milieu de l’enseignement. Précisons que l’histoire se déroulant dans les années 90. Il montre une face sombre et très concrète de la difficulté d’enseigner, avec des professeurs cassés, humiliés, peu soutenus par leur direction, contraints à une forme de solitude et parfois livrés à eux-mêmes face à une violence scolaire qui les abîme à petit feu.
Pour contrebalancer cette peinture sociale peu réjouissante, l’auteur insuffle à son récit une bonne dose de poésie, de spiritualité et d’humour. Car, comme toujours chez Yannick Haenel, l’ironie, l’absurde et les belles lettres font bon ménage. Ici encore, son personnage principal se révèle assez lunaire, parfois surprenant dans son comportement. C’était déjà le cas avec Le Trésorier-payeur, ça l’est encore avec ce Jean Deichel, qui a l’art de se mettre dans l’embarras et de se ridiculiser aux yeux des autres, notamment lors d’une scène particulièrement cocasse, au cours d’une fête de fin d’année entre collègues, où il va se mettre minable et devoir en payer très cher les conséquences.
Ce que l’on aime aussi chez Yannick Haenel, c’est cette capacité à passer sans transition d’un réalisme très banal à des envolées lyriques, des moments de pure exaltation ou de mysticisme, voire à des instants de grâce. Et même lorsque le récit aborde des sujets extrêmement tragiques, l’auteur parvient à conserver cette singularité. Il glisse ainsi, vers la fin du livre, quelques mots sur les enseignants victimes de la barbarie, comme Samuel Paty et Dominique Bernard.
En tout cas, on passe un bon moment en compagnie de ce professeur un peu perché, un peu mélancolique, un peu naïf, mais tellement attachant, sincère et généreux… et qui, en plus, a des goûts musicaux très sûrs.
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Benoit RICHARD
