Cent ans de solitude revient avec une deuxième série d’épisodes achevant l’adaptation d’un classique littéraire du 20ème siècle. En dépit de limites identiques à la première partie, cette dernière est plus réussie.

L’adaptation de Cent ans de solitude revient donc en plein été 2026 pour une série d’épisodes l’achevant. Entre sa sortie et la présente version Netflix, le livre a eu le temps, comme bien des chefs d’œuvre littéraires « inadaptables », de se faire réapproprier, au cours d’un film ou d’une scène, par des grands cinéastes.
Dans cette salve d’épisodes, la présence récurrente de musiciens jouant des morceaux à des moments importants du récit évoque d’ailleurs Kusturica. Le couple entouré d’une nuée de lapins aurait aussi pu figurer chez le cinéaste serbe. Et au final les meilleurs moments d’un long métrage signé Leone proche dans son esprit du travail de l’écrivain colombien (Il était une fois la révolution) pèseront toujours plus artistiquement qu’une série se « contentant » d’adapter le roman.
La série ne propose face à cela qu’une version contemporaine de ce que l’on nommait dans les années 1980 « cinéma de prestige ». Mais qui au moins n’édulcore pas son matériau, d’autres adaptations de classiques n’ayant pas eu cette chance. Il n’y aura bien sûr pas de projet formellement audacieux incarnant le concept de réalisme magique.
Pour autant, cette nouvelle série d’épisodes convainc plus que la précédente. En premier lieu car le début de cette nouvelle partie est porté par un Claudio Cataño interprétant le Colonel Aureliano Buendía en collant fortement à son idole Daniel Day-Lewis période Gangs of New York/There will be blood. Le Colonel est ainsi un des protagonistes de la meilleure scène de ces épisodes 2026 : un mini carnaval de Rio ne s’interrompant pas malgré les snipers tentant de le supprimer et finissant dans le bain de sang.
On craint la chute de la série à se mort. Même sans le feu de l’interprète, elle reste très regardable, pour la résonance contemporaine de ce qui suit : l’Amérique du Sud exploitée par les entreprises américaines qui font tout pour ignorer les droits sociaux, les régimes autoritaires et leurs disparus…
On peut cependant trouver la voix off parfois en trop par rapport aux images. Lorsqu’elle narre la manière dont l’arrivée du train transforme un village, on se dit ainsi que la réaction des villageois et le découpage de la scène suffisaient à rendre cela. Et on se souvient qu’Il était une fois dans l’Ouest n’avait pas eu besoin de voix off pour montrer l’arrivée de la modernité.
Tout va bien… même si le dernier épisode conclusif déçoit. Un dernier épisode diffusé quelques jours après les précédents, un season finale en somme. Un épisode plus long que les précédents, diffusé dans quelques cinémas colombiens. On voudrait ne pas juger la série en pensant au 7ème Art mais ce choix encourage encore plus à le faire. De même que la réutilisation de cet Intermezzo de Cavalleria Rusticana popularisé par Raging Bull.
Cet épisode rappelle le caractère risqué de choix musicaux anachroniques. Ici, Let’s Dance de Bowie voudrait accompagner l’excès d’euphorie d’un personnage sans convaincre. Mais le défaut principal est que rien ne justifiait de rendre cet épisode plus long (près de deux heures) que les précédents. La série retrouve heureusement sa meilleure inspiration à l’approche de la fin.
On en revient à la notion de prestige déjà mentionnée. Adapter Cent ans de solitude représente pour Netflix une recherche de vernis de respectabilité comparable à la carte blanche créative donnée à Cuaron, Scorsese ou Fincher. Le résultat n’a rien de déshonorant. Mais il n’est jamais plus qu’une (bonne) adaptation.
![]()
Ordell Robbie
