The Cramps – Gravest Gravy : saignant et dégénéré

Ne nous laissons pas trop aller à des excès d’enthousiasme – bien naturels, pourtant : l’édition officielle des premières bandes enregistrées en studio par les Cramps en 1977 n’apporte aucune surprise, et encore moins de révélation. Juste une pierre de plus à un édifice impressionnant.

The Cramps 1977 Photo Godlis
© Godlis

L’importance des Cramps dans le Rock reste largement sous-estimée, et l’on peut toujours craindre que ce groupe séminal soit un jour l’un des grands oubliés des futurs « manuels d’histoire ». Pourtant qui a eu la chance de voir – et plusieurs fois si possible – The Cramps sur scène, surtout à la fin des années 80 et au début des années 90, quand ils étaient au sommet de leur puissance « live », sait combien on parle là d’une musique exceptionnelle. Même si cette furie, cette folie, cette combinaison improbable d’intensité incendiaire et de second degré élégant, n’a jamais été correctement capturée en studio…

Gravest Gravy

D’ailleurs, en 1980, quand paraît leur premier album, Songs The Lord Taught Us, la déception est sévère par rapport aux attentes suscitées par la rumeur créée par les prestations sauvages des Cramps sur scène, et, ne le nions pas, leur look fantastique, mélange de classe rock’n’rollienne et d’obsession pour les séries Z d’horreur. De meilleurs albums suivront, mais nous réaliserons vite que Poison Ivy (l’une des rockeuses les plus « parfaites » qui soit), et Lux Interior (le disciple dégénéré mais encore plus charismatique d’Iggy) et leurs musiciens (qui changeront en permanence) sont avant tout un rêve absolu face à un public qui les aime et qui attend tout d’eux.

Mais avant Songs The Lord Taught Us, il y a eu une première tentative d’enregistrement, sous la houlette du légendaire Alex Chilton : si l’objectif était de graver un premier single, TV Set, Chilton a persuadé le groupe d’enregistrer l’intégralité de son répertoire. Si le produit de ces sessions a donné lieu à deux singles, à un premier EP (Gravest Hits), et a également été retravaillé pour figurer sur les deux premiers albums et sur des compilations ultérieures, d’autres titres sont apparus sur des bootlegs. C’est néanmoins la première fois que, grâce à Henry Rollins, qui s’est vu confier par Ivy la responsabilité de faire revivre ces enregistrements retrouvés chez elle (et de sélectionner les meilleurs prises et les meilleurs mixes), on peut écouter les Cramps de 1977 dans toute leur « splendeur » brute et encore assez minimaliste.

Pour les fans, même si évidemment tout était déjà connu ici, et que seulement un tiers des douze titres ne figuraient pas déjà dans la discographie officielle du groupe, il s’agit d’un témoignage précieux des toutes premières années du groupe, dans sa première configuration (sans basse, avec Brian Gregory à la seconde guitare et Nick Knox à la batterie), et d’un complément précieux permettant de comprendre les origines de cette musique, qui n’avait pas encore trouvé sa meilleure manière d’exister. Aucune surprise, encore moins de révélation, mais déjà l’évidence d’un style unique, et d’une intensité qui n’était encore qu’embryonnaire : des titres comme TV Set, Week-end On Mars, ou encore The Jungle Hop et Rockin’ Bones traduisent déjà une approche dérangée et excitante de la tradition rockabilly, passée au filtre de la culture « pulp » de l’époque et pénétrée par les intuitions du punk rock qui triomphait alors partout.

Certainement pas un album « indispensable » comme on dit trop souvent, mais une sacrée partie de plaisir pour eux qui aiment leur rock’n’roll saignant et dégénéré.

Eric Debarnot

The Cramps – Gravest Gravy
Label : Vengeance Records
Date de parution : 21 août 2026

 

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