Ancien groupe phare de la scène indé des années 90, Swell revient dans l’actualité en cette fin d’année avec une réédition soignée de son deuxième album, …Well?, et une tournée en hommage à David Freel, décédé en 2022. L’étape parisienne, au Point Éphémère, nous a rappelé combien son répertoire demeure attachant malgré l’absence irremplaçable de son créateur.

C’est une période étonnante à laquelle nous allons assister dans les salles parisiennes au cours des prochaines semaines. Un grand nombre de groupes qui ont fait notre bonheur dans les années 90 sont en effet à l’affiche. Excusez du peu : Teenage Fanclub, Mercury Rev, The Boo Radleys, Kristin Hersh et The Wedding Present vont jouer à Paris. Ce qui aurait pu constituer un alléchant plateau pour le festival des Inrockuptibles de 1994 est inauguré ce mardi soir par… Swell.
Alors que les premiers noms cités sont toujours productifs, et viennent, pour certains, défendre un nouvel album, ce n’est pas le cas de Swell, dont le dernier disque, South of the Rain and Snow, date de 2007. Celui-ci était d’ailleurs, de fait, le premier album solo de David Freel, décédé en 2022. Cette renaissance inattendue est orchestrée par Sean Kirkpatrick. Le batteur a réuni trois autres musiciens pour une tournée accompagnant la réédition de leur album le plus direct, …Well?. Sous le nom de Members of Swell, la formation rassemble John Dettman-Lytle au chant et à la guitare acoustique, Tim Adams à la basse et Philippe Gunst à la guitare électrique et aux claviers. Difficile de manquer ce concert quand on se rappelle le statut du groupe de San Francisco à l’époque : le gourou Bernard Lenoir allait jusqu’à le qualifier de « plus grand groupe du monde ». L’appellation était évidemment très exagérée, mais la musique de Swell possédait une identité rare : un rock lo-fi et sombre, où des guitares acoustiques dépouillées côtoyaient des poussées électriques et le chant détaché de David Freel. Une musique qui comblait les amateurs d’indie rock mélancolique, aux côtés d’American Music Club ou de Mazzy Star. Pour cette date parisienne, rendez-vous au Point Éphémère.
En première partie, nous avons droit à une curiosité : Animal Joy Club, dont le chanteur et guitariste, Andrew Clarke, est un Britannique installé à Paris. Le groupe vient de publier La Roche, un premier album mêlant anti-folk et post-punk. Drôle d’oiseau que ce Clarke, dont la musique est tout aussi singulière, avec des parties instrumentales plutôt réussies mais gâchées par une voix assez déplaisante, comme s’il prenait un malin plaisir à placer le public dans un inconfort permanent. Entre déclamations volontairement disgracieuses, cris soudains et ruptures de ton, sa performance tient autant de la provocation que du chant. Cette étrangeté finit parfois par prendre le pas sur les qualités instrumentales du groupe. Clarke joue avec le public et n’hésite pas à nous dire qu’il ne connaissait pas du tout Swell. Il en a écouté quelques morceaux quelques jours auparavant et trouve cela plutôt réussi, dans la lignée d’autres choses qu’il écoutait dans les années 90. Le set paraît cependant un peu long : Commencé à 20 h 30, il dure quarante minutes, et c’est finalement après 21 h 30 que Swell entre en scène, ce qui est bien tard pour un soir de semaine.
Comme on pouvait s’y attendre, le set se concentre sur la première période du groupe, celle où Swell était encore une véritable formation, avec Monte Vallier à la basse, David Freel et Sean Kirkpatrick, avant le départ de Vallier. Le Point Éphémère n’est pas complet, mais bien garni, et le public semble être celui qui assistait déjà à la Black Session de 1994. Symboliquement, le concert commence par l’ouverture de 41, l’album le plus connu et celui qui a véritablement révélé le groupe en France. In the Door, Up the Stairs, suivi d’Is That Important?, permet de retrouver ce son caractéristique, marqué par l’utilisation de la guitare acoustique.
Ce soir, pour remplacer David Freel, John Dettman-Lytle tient la guitare et assure le chant. Il est loin d’être un inconnu dans l’univers de Swell : colocataire de Freel aux origines du groupe, il a assisté à la création des premiers morceaux et observé sa technique à la guitare acoustique. Il est ensuite devenu le second guitariste de la formation pour ses premiers concerts et l’enregistrement de …Well?. Il a rejoint les tournées hommage en 2023 en reprenant le chant. Totalement légitime dans l’aventure, il peine néanmoins à retrouver la singularité de la voix de Freel, grave, nonchalante et presque murmurée, qui constituait une part essentielle du son de Swell. Je n’ai pas été particulièrement enthousiasmé non plus par le bassiste. En revanche, le Belge Philippe Gunst est une vraie bonne pioche, et Sean Kirkpatrick demeure toujours aussi efficace.
L’interprétation est donc globalement plus terne qu’autrefois, mais nous sommes surtout venus pour les chansons, et elles restent formidables. Quel bonheur de retrouver At Long Last et ses attaques électriques ! L’enchaînement Down / Forget About Jesus nous replonge plus de trente ans en arrière. Aucun doute : les titres de …Well? sont ceux qui passent le mieux, et It’s Okay en offre un autre exemple, malgré l’absence notable de la basse de Monte Vallier.
Sunshine, Everyday demeure le morceau emblématique du groupe. Il a donné son nom à la tournée hommage de 2023 et sera le seul repris par le public ce soir. Plus lumineux que la plupart des compositions de Freel, il reste pourtant traversé par sa mélancolie habituelle. Il est étonnant de constater que le titre le plus connu du groupe constitue finalement une éclaircie au milieu de son spleen, à moins qu’il ne soit simplement celui dont les paroles sont les plus faciles à reprendre pour un public francophone.

C’est, bien sûr, une transition parfaite avant un rappel consacré à Too Many Days Without Thinking, l’album le plus produit du groupe. Sorti en 1997 après dix-huit mois d’enregistrement, il élargissait les arrangements sans sacrifier le dépouillement de Swell. What I Always Wanted et Bridgette, You Love Me sont peut-être mes morceaux préférés du groupe. Cette dernière, ballade d’une grande tendresse, conclut la soirée après l’hommage rendu par les musiciens à leur ancien leader.
Le Point Éphémère se vide à 22 h 45. Le ciel est bas et l’automne bien présent : un décor presque trop parfaitement accordé à la musique de Swell, faite de grisaille, de mélancolie et de brèves éclaircies.
Animal Joy Club :![]()
Members of Swell :![]()
Laurent Fegly
Members of Swell et Animal Joy Club au Point Éphémère
Producteur : Indie or Die
Date : mardi 20 octobre 2026
Leurs derniers disques :

Animal Joy Club – La Roche
Labels : Cœur sur toi, Table Basse Records, Skank Bloc Records et Permanent Freak
Date de sortie : 20 mars 2026

Swell – …Well? (Edition Vinyle remasterisée)
Label : Talitres
Date de sortie : 13 novembre 2026
