Pour son premier long métrage, Marine Atlan nous entraîne dans un voyage scolaire à Naples, au pied du Vésuve, où les jeux de séduction, les cruautés adolescentes et les angoisses de l’avenir se heurtent à la beauté éternelle de l’art. Un portrait vibrant et mélancolique de la jeunesse, entre naturalisme et lyrisme, qui révèle une cinéaste particulièrement prometteuse.

Et si dans la bataille des images opposant actuellement les réseaux sociaux aux chaines d’info, le cinéma faisait irruption pour reprendre la parole ? Marine Atlan, après plusieurs années de préparation, de repérages, de casting et de répétitions, livre un premier film ambitieux, qui propose en somme de (re)filmer la jeunesse lycéenne au cours d’un voyage scolaire, aux abords d’un volcan endormi que le collectif va entreprendre de réveiller par son bouillonnement vivifiant et incontrôlable.
Dans la veine du récent Adieu monde cruel, qui remettait au goût du jour le grain à l’ancienne de la Nouvelle Vague, La Gradiva adopte un naturalisme en parfaite osmose avec des individus mal dégrossis, entre déclarations fracassantes, défis stupides et nerfs à vif. Les comédiens, tous formidables d’authenticité, s’égarent dans la spontanéité d’un marivaudage improvisé, où les regards, les silences et les postures alimentent un jeu complexe de séduction ou de fausses promesses.
L’ouverture hypnotique, qui voit un couple en plein ébat observé par plusieurs témoins, semble renvoyer à celle du premier Mektoub, my love, et il y a effectivement du Kechiche dans ce regard frontal sur la jeunesse, mais dans une perspective moins extatique, plus marquée par une sorte de mélancolie croissante, accrue par ce recours aux plans fixes photographiques, clichés qui peuvent autant immortaliser que figer des mensonges. Car Atlan ne limite pas son exploration à celle d’un groupe livré aux plaisirs d’un séjour à l’écart des cours, et donc du réel : celui-ci rôde en continu, que ce soit dans l’inégalité des chances sexuelles (les « meufs baisables » et les « non baisables », théorisées par Suzanne), la diversité des origines sociales des élèves, leur éveil au politique (lors d’un échange avec un jeune réac, qui fait écho à une discussion réellement observée par la cinéaste lors des repérages) ou la question angoissante de leur avenir. Une galerie de portraits travaillés par des forces contraires, où le jeu et la cruauté cohabitent en permanence, car la séduction est un pouvoir et le rejet une gifle muette, rites initiatiques où se révèlent les standards immuables de l’existence sociale.
Face au groupe, le film s’attarde aussi sur le lumineux portrait d’une enseignante dont l’enthousiasme pour la transmission ne se dément jamais, en dépit de la fatigue et des remous contradictoires de son auditoire. Une courroie de transmission vivifiante entre cette vie difficile à canaliser et l’intimidante immortalité du sublime arpenté dans Pompéi, au fil de déambulations majestueuses dans l’Histoire, qui pétrifie les individus dans la cendre et la beauté dans les statues. Cet éveil à plus grand que soi, particulièrement fécond dans cette transition déconcertante qu’est l’adolescence, nourrit les séquences les plus contemplatives, où le silence prend le relai d’une parole qui n’est jamais pleinement en mesure de faciliter la compréhension entre les individus. « Il ne faut pas comprendre, il faut perdre connaissance », assène-t-elle en citant Paul Claudel. Mais cette figure de l’enseignante, loin de tout angélisme, donne également à voir une femme sensible dont la sincérité est aussi nourrie par sa propre vulnérabilité.
C’est sur ce rapport à l’art que le récit opère un tournant décisif : puisque les fresques antiques sont en mesure de chanter la fébrilité de ceux qui les contemplent, le lyrisme prend ses droits, dans le recours à la musique, les vues sur Naples et les émois permis par ces parenthèses enchantées du voyage scolaire.
L’histoire de Toni, fondée sur le récit de ses ancêtres, relai idéal d’un être en quête d’identité, convoque ainsi le cliché photographique et le poncif romanesque, avant que les élans vers le sublime ne se fracassent sur des réalités bien plus triviales : « Tout est sale, en fait », conclut-il, avant d’asséner « T’aimes personne » au séducteur nonchalant. Les adolescents, pas sérieux parce qu’ils ont dix-sept ans, s’initient alors à la gravité d’un dénouement tragique.
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Sergent Pepper
