Les Citronniers

aff film_4.jpgLa situation chaotique qui règne au Moyen-Orient n’en finit pas d’inspirer les artistes de tout poil, notamment les cinéastes. Après Désengagement d’Amos Gitaî il y a quelques semaines, Eran Riklis dont on avait salué La Fiancée syrienne en 2005 revient avec Les Citronniers. Le cinéaste a quitté les hauteurs du Golan pour s’immerger dans un petit village de Cisjordanie situé sur la Ligne verte séparant Israél des territoires occupés. C’est à  cet endroit que vit Salma, une veuve délaissée par ses enfants, qui survit grâce à  l’exploitation de sa plantation de citronniers.

L’installation du ministre israélien de la Défense et de son épouse dans une maison toute proche transforme les quelques ares de citronniers en terrain potentiellement dangereux. Du fait de la densité de ceux-là , les services secrets y voient une cache idéale pour des terroristes et ordonnent à  Salma de raser toute la plantation. Parce que ces arbres revêtent une forte valeur sentimentale – ils ont appartenu au père de Salma – celle-ci se rebelle, résolue à  sauver son seul bien, quitte à  aller jusqu’à  la Cour Suprême.

Si Salma est le personnage central du film, un autre va prendre de plus en plus d’importance : c’est celui de Mira, la femme du ministre, devenant contre toute attente une alliée inattendue de la propriétaire insoumise. Les Citronniers se voit dès lors comme un double portrait de femme : une palestinienne que son veuvage et le respect obligé des traditions cloisonnent et isolent et une israélienne moderne et indépendante qui prend progressivement conscience de sa propre solitude et des compromissions de son époux. Eran Riklis évite ici tout manichéisme et place chaque personnage, Salma et Mira, mais aussi l’avocat de la première et le mari de la seconde, dans une situation apparemment inextricable dans laquelle les éléments tant personnels que publics les piègent et les enferment. La relation qui s’installe entre Salma et Ziad son défenseur provoque la désapprobation des autorités religieuses du village. De son côté, Mira est retenue prisonnière dans sa belle maison par des agents zélés et paranoîaques.

A travers cette histoire métaphorique, le réalisateur dénonce aussi l’absurdité d’une situation hélas pas isolée, fruit d’une paranoîa ambiante. Ce n’est pas l’aspect le plus convaincant du film qui réussit davantage lorsqu’il se resserre autour de ses protagonistes. Des personnages plus complexes qu’il n’y paraît dans leurs contradictions et leur solitude, bénéficiant d’une excellente interprétation avec en tête l’altière et sobre Hiam Abbass.

Patrick Braganti

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Les Citronniers (titre original : Lemon Tree)
Film isréalien de Eran Riklis
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h46
Sortie : 23 Avril 2008
Avec Hiam Abbass, Ali Suliman, Rona Lipaz Michael

La bande-annonce :

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