Echo Park (Une enquête de l’inspecteur Bosch), de Michael Connelly

connelly_echopark.jpgS.’il est de coutume de qualifier les polars de lectures estivales pour se cacher le visage des rayons solaires, il est aussi important de constater que ce genre littéraire décrié est désormais un remarquable terreau pour analyser le délabrement social du monde actuel. Depuis James Ellroy en tête d’un peloton générationnel qui compte Dennis Lehane, David Peace et bien d’autres, le polar se fait plus analyste, plus reporter et plus sociologue qu’auparavant. Il en devient aussi plus terrifiant, de quoi vous filer des coups de froid sur votre corps buriné de soleil.

Connelly est depuis pas mal de temps considéré comme le nouveau maître du roman noir. Et à  juste titre, même si »Echo Park » n’arrive pas aux hauteurs du Poète. Le départ est classique : Le héros récurrent chez l’auteur, Bosch, est depuis des années obsédé par un crime non élucidé et qui réapparaît, lorsque le coupable principal promet des révélations sur cette affaire pour éviter une condamnation à  mort. Mais le lecteur amateur de ce genre de pavés sombres sait combien à  l’arrivée, rien ne ressemble au pitch initial : fausses routes, déconvenues et événements incroyables vont amener Bosch à  constamment se remettre en question et en danger, jusqu’à  risquer et pour sa santé mentale et pour sa vie.

Comme toujours, les pages s’égrènent passionnément, l’auteur est un formidable conteur, à  la manière de sagas familiales, mais sous le schéma narratif du policier classique, Connelly décide d’approfondir sa vision d’une Amérique en état critique. On est, du coup, pas loin des derniers DeLillo et Irving qui constataient, à  travers les conséquences du 11 septembre 2001, combien les USA devenaient une nation faible et désoeuvrée. Et à  l’image du héros, fatigué et angoissé, proche d’un état psychologique dramatique au fur et à  mesure de l’effacement de ses convictions. Cette manière de narrer quasi documentaire les investigations du flic est parfaite.
Ce qui l’est un peu moins, c’est le final, bâclé, frustrant et surtout plutôt convenu. De la part d’un écrivain qui s’acharne à  pousser les limites d’une littérature populaire aux abords du grand roman social, c’est dommage. Mais ne pas bouder son plaisir :  » Echo Park  » est un excellent roman noir, très noir, un des meilleurs crus de cet auteur enfin important.

Jean-François Lahorgue

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Echo Park
de Michael Connelly
Editeur : Points Policier
448 pages – 7,80€¬
Première Publication : mai 2007
Edition poche : avril 2008

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