[Live Review] 16 Horsepower et Treha Sektori à l’Élysée Montmartre (Paris) : les bêtes du Sud profond

Très attendus à Paris, David Eugene Edwards et les deux autres membres originaux de 16 Horsepower ont choisi de terminer leur tournée par la capitale, retrouvant un public qui n’avait rien oublié de leur musique gothique et habitée. Ils ont repris là où ils s’étaient arrêtés, en faisant honneur à leurs compositions devant une assemblée conquise d’avance.

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16 Horsepower à l’Elysée Montmartre – Photo : Robert Gil

Il y a des termes qu’il ne faut pas galvauder. Pour ce concert, le mot « événement » n’a rien d’exagéré, tant cette tournée de 16 Horsepower était attendue. Plus de 20 ans après la séparation du groupe, l’annonce d’une tournée de reformation a fait l’effet d’une bombe, tant il avait marqué les esprits pendant ses 10 ans d’existence, autant de par ses disques exceptionnels que ses performances scéniques incandescentes. Et comme, personnellement, je n’avais pas eu l’occasion de les voir à l’époque, cela représente une session de rattrapage inespérée ! En tant que spectateur parisien, nous trépignons depuis le premier concert en 22 ans, donné par la formation originelle (David Eugene Edwards, Pascal Humbert et Jean-Yves Tola) à Morlaix en mai. Benzine a déjà rendu compte du concert de Rennes, mais, même si nous évitons en principe de couvrir plusieurs dates d’une même tournée, il était difficile de rester silencieux après la performance de ce dimanche soir à l’Élysée Montmartre. La tournée a été un vrai succès : cette date à l’Élysée Montmartre affichait complet depuis longtemps, et c’était, en plus, la dernière.

 

Treha Sektori à l'Elysée Montmartre - Photo : Robert Gil
Treha Sektori à l’Elysée Montmartre – Photo : Robert Gil

À 19 h 45, la première partie, Treha Sektori, démarre son set. Ce n’est pas un groupe, en fait, mais le projet de Dehn Sora, alias Vincent Petitjean, et il n’est pas là pour plaisanter. Son registre est celui de la dark ambient : des atmosphères très sombres, un chant fait d’incantations et de grognements, et une imagerie où la mort est omniprésente. Dehn Sora est seul sur scène avec ses machines et s’occupe des percussions, tribales et guerrières. Des ossements sont disposés devant lui. La musique n’est pas violente en tant que telle : on n’est pas dans le dark metal. Elle est, en revanche, très cinématographique, et nous avons droit à de longues vidéos montrant divers corps suppliciés, des créatures portant des masques en forme d’ossements de chevaux, des flots déchaînés et beaucoup de symboles ésotériques. Quant aux paysages, ils feraient passer le Mordor pour Villefranche-sur-Mer. On peut aussi penser par moments au Septième Sceau de Bergman. Tout le monde a les yeux rivés sur l’écran de l’Élysée Montmartre, qui se prête bien à l’expérience. C’est forcément compliqué d’entrer dans cet univers, mais le projet a sa cohérence et il est manifestement très personnel. À certains moments, il semble que ce soit Dehn Sora lui-même qui soit représenté dans la vidéo. La force du projet tient à l’articulation entre les images et les sons, et l’on en ressort avec l’impression d’avoir vécu une expérience singulière. Le choix de cette première partie avant 16 Horsepower interpelle toutefois, et a, pour le moins, désarçonné le public qui semblait, un peu comme moi, ne pas trop savoir quoi en penser.

2026-06-07-0059Après cette entrée en matière déstabilisante et un détour par le stand de merchandising, 16 Horsepower entre en scène à 19 h 45. La salle est bondée et prête à s’enflammer, et le trio originel apparaît, renforcé par Chuck French à la seconde guitare. Ce n’est pas un inconnu : ancien membre de Wovenhand, il connaît parfaitement l’univers de David Eugene Edwards. Ce dernier s’assoit au milieu et porte un large chapeau qui nous empêchera souvent de voir son visage. Et c’est parti pour 1 h 45 de titres qui vont s’enchaîner. Il y aura très peu d’interactions ce soir : « bonjour », « au revoir », et l’annonce qu’il s’agit de la dernière date de la tournée. Edwards se lèvera un moment pour se dégourdir les jambes, avant de se rasseoir aussitôt. Pas de souci, on n’était pas là pour ça, et on sait que le groupe n’a jamais été adepte des happenings. Cela dit, quand on sort à peine du concert de PiL et des pitreries de John Lydon, ça fait un peu drôle ! Un compte-rendu de concert de 16 Horsepower ne peut guère être consacré à autre chose qu’à la musique, et c’est tant mieux, puisque c’est elle qui nous a tant manqué depuis vingt ans.

Dès le premier titre, I Seen What I Saw, il est évident que le groupe n’a rien perdu de sa puissance, avec une section rythmique d’une efficacité redoutable. La voix d’Edwards est assurée, un peu plus grave peut-être, et la fête peut commencer même si, bien sûr, on n’est pas là pour rigoler non plus. Les quinquagénaires sont majoritaires, mais on note quelques jeunes, et surtout plus de femmes que prévu. La discographie du groupe n’est pas importante, mais elle comprend suffisamment de titres forts pour fournir la base de la setlist de la soirée. Au total, nous aurons droit à neuf titres de Sackcloth ’n’ Ashes et cinq de Low Estate, ces deux disques séminaux étant donc surreprésentés. Commençons par parler des deux morceaux les plus appréciés à l’applaudimètre : American Wheeze figurait en bonne place, portée par son célèbre bandonéon. Impossible, en l’entendant, de ne pas repenser à l’époque où Edwards collaborait avec Louise Attaque, sur fond d’admiration partagée pour les Violent Femmes. Black Soul Choir, ensuite, reconnu dès les premières notes, reste l’un des sommets du formidable album live Hoarse.

2026-06-07-0034En ce qui me concerne, les grands moments ont été le phénoménal blues Horse Head, peut-être leur titre le plus sombre. Puis vient South Pennsylvania Waltz, seul extrait du premier album grâce auquel nous avions découvert le groupe. Edwards y livre une performance extraordinaire dans son rôle favori de prédicateur, démarrant seul avant l’intervention de Tola et du reste du groupe. For Heaven’s Sake, enfin, a l’honneur de clôturer le rappel tout en électricité et laisse pantois, même si l’on ne souscrit pas au retour à Dieu et à l’humilité religieuse qui inspirent Edwards. En fin de concert, le groupe puise aussi dans les deux albums suivants, d’abord Secret South, avec un enchaînement Clogger/Poor Mouth moins gothique et plus directement rock. Ces deux titres sont peut-être moins originaux, mais étaient les bienvenus pour marquer une rupture de ton. Plus surprenant, ce sont deux titres de Folklore, l’acoustique Hutterite Mile et Blessed Persistence, qui démarrent le rappel sur un mode plus mineur. Il m’aura peut-être manqué Coal Black Horses et la reprise de Wayfaring Stranger, mais c’est globalement un sans-faute. Tola, et plus encore Humbert, impressionnent tout au long du concert : avec de tels musiciens, 16 Horsepower peut reprendre la route sans rien perdre de sa force.

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Que vont-ils faire de ces salles combles qui prouvent que l’attente était forte ? Edwards est espéré en solo à l’automne, mais certaines interviews laissent entendre que le groupe n’est pas resté insensible à l’accueil réservé à cette reformation, et qu’une suite n’est pas à exclure. C’est dans cet espoir que nous quittons l’Élysée Montmartre et sa gestion des flux pour le moins inefficace (une file pour le merch et une autre pour la consigne, à l’endroit de la sortie générale…). La musique de 16 Horsepower n’appartient pas qu’au passé : elle brûle encore.

Treha Sektori :
16 Horsepower :

Laurent FEGLY
Photos de Robert Gil

16 Horsepower et Treha Sektori à l’Élysée Montmartre
Promotion : Wart
Date : le dimanche 7 juin 2026

Leurs derniers disques :

RejetTreha SektoriRejet
Label : NoEvDiA
Date de sortie : le 5 novembre 2021

 

 

 

 

 

Yours Truly16 HorsepowerYours Truly (Compilation)
Label : Glitterhouse Records
Date de sortie : le 31 janvier 2011

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