Mélodique, électrique et résolument dansant, Bingo ! est un album taillé pour enflammer la scène et les dancefloors. Le groupe montréalais signe un deuxième opus arty, mélangeant avec brio l’énergie du punk et le groove du disco, le tout dans un style vintage, mais d’une actualité brûlante.

Tout le monde le sait, on ne rigole pas avec la sécurité ! Et pourtant, ce groupe originaire de Montréal (ou Tiohtià:ke en langue autochtone) sort un album de troupe qui oscille entre engagement punk et pop décalée. On y trouve des pépites pop légères, des brûlots punks mélodiques et du disco funk électrique, tout cela dans une ambiance rétro 80s pourtant fortement ancrée dans les problématiques contemporaines. Pas à un paradoxe près, Bingo ! est à la fois un album enregistré avec une grande spontanéité grâce à des prises lives et une culture de l’impro, et un travail d’orfèvre sur la production gérée par le bassiste du groupe et par Emmanuel Éthier.

Monté comme un side-project pendant le COVID par Éliane Viens-Synnott, chorégraphe, batteuse et chanteuse, et Félix Bélisle bassiste et leader des Choses Sauvages, le groupe s’est étoffé avec la venue de Laurence-Anne qui mène de front une carrière solo dans un style plus dream/synth pop, Kenny Smith leader du groupe punk Pressure Pin, et Melissa Di Menna qui produit le merch de la moitié des groupes de la scène locale. La Sécurité, c’est un peu le casting idéal de la scène underground montréalaise, un super groupe au sens propre : un groupe où chacun apporte un super pouvoir et stimule la créativité des autres.
J’avais eu l’occasion de voir leur alchimie à l’œuvre sur scène en première partie de The Rapture en novembre dernier, et plus encore lors d’un concert bouillonnant à la Block Party du Supersonic le mois dernier. Auteurs en 2023 d’un premier album, Stay Safe!, passé un peu inaperçu, ils poussent avec Bingo ! le cri de joie d’un groupe ayant trouvé la formule magique pour réaliser dix morceaux d’une grande variété, qui, ensemble, forment un album bondissant et malin. Aussi punk que arty, je retrouve dans leur musique l’héritage des pionniers comme Gang of Four, le charme désuet et déluré des B52’s ou de Pulp, et la classe post-punk de Franz Ferdinand. Et puis en tant que francophones, il faut aussi citer La Femme avec qui ils partagent un amour égal pour les guitares et les synthés vintages.
Avec Snack City, l’album démarre par une ligne de basse imparable, qui est tout de suite rejointe par un beat ravageur. Les notes de synthés viennent lui donner une touche joyeuse de second degré alors que la voix d’Éliane Viens-Synnott n’a pas du tout l’air de rigoler. Les guitares ne viennent qu’après pour renforcer la mélodie. Deny, qui suit, me fait davantage penser à Le Tigre par sa rythmique funky, et cette manière très électrique de faire de la musique de dancefloor. Sur quelques morceaux, les refrains passent de l’anglais au français dans un nonsense semi-improvisé plein de charme, qui montre que la langue de Molière n’est pas que celle de Johnny. Sous le second degré et l’insouciance, se cache une vraie démarche artistique, et un morceau comme Chill Pill, devrait plutôt s’appeler « Freak Out Pill » !
Le groupe a été signé par le label montréalais Mothland et par Bella Union, le label fondé par Simon Raymonde et Robin Guthrie de Cocteau Twins… Espérons que cette couverture pan atlantique donnera plus de visibilité à leur musique et permettra à un maximum de monde de se mettre… à la Sécurité !
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Jean-Christophe Gé
