Pour Martin Quenehen et Antoine Cossé, que ce soit dans l’amour ou dans la guerre, seul l’instant compte… Alors laissez-vous emporter par l’amour de Jules et Shizuka !

« Tout est perdu d’avance. Mais certains ne le savent pas. Ce sont ceux qui n’ont rien à perdre. On les appelle les non-humains. »
Le jeune Jules est orphelin, roux et disgracieux. Bouc émissaire de ses camarades, il s’estime maudit. Alors qu’il s’est introduit dans un château, il assiste, impuissant, au suicide d’une femme. Accusé de meurtre, il est contraint, pour éviter la peine de mort, à s’engager dans un bataillon disciplinaire. Au feu, il se révèle excellent soldat, il prend confiance en lui et fait carrière. Après le Mexique, le capitaine est envoyé au Japon. Alors que le pays sombre dans la guerre civile, il déserte et rejoint le camp des insurgés. Cet éternel solitaire y trouve enfin l’amour de la prostituée Shizuka et l’amitié d’Hijikata Toshizō, dit le Commandant démoniaque, un implacable rônin.
Le scénario de Martin Quenehen s’inspire très librement de la vie de Jules Brunet (1838-1911). Ce personnage romanesque servit notamment de modèle au héros, interprété par Tom Cruise, du Dernier samouraï d’Edward Zwick. Le véritable Jules était polytechnicien. Alors que les Anglais avaient choisi le clan impérial, avec la tacite approbation de sa hiérarchie, il prit le parti du Shogun. Une fois ce dernier vaincu, il fut blâmé, mais sera réintégré en 1870 et finira comblé d’honneurs.
Revenons à notre bande dessinée. Tel le fascinant Capitaine Conan de Roger Vercel, le Jules de Quenehen se découvre au feu. Il voit, entraine et tue. Mais, il prend goût à la liberté, il s’émancipe et déserte. Plus surprenant, il passe à l’ennemi, alors même que sa cause est perdue.
Très original, le dessin d’Antoine Cossé surprendra. Il associe un trait fin stylisé à une colorisation chaude à la peinture et au lavis. La brutalité des combats est atténuée par la beauté de la nature et la poésie de Shizuka.
Car l’histoire est racontée par la très belle plume de la jeune femme. Le destin ne l’a pas épargnée. Jules et Shizuka se sont retrouvés dans leur solitude, leur malchance, mais aussi leur courage. La vie est un combat qui malmène les âmes sensibles. Alors, seule la beauté de l’instant compte.

Stéphane de Boysson
Ce monde n’existe pas
Scénario : Martin Quenehen
Dessin : Antoine Cossé
120 pages, 25 €
Éditeur : Casterman
Parution : le 25 mars 2026
Ce monde n’existe pas — Extrait :

