« Comme au premier jour », de Claire Lombardo : famille je te hais, famille je t’aime

Claire Lombardo sait disséquer avec talent les relations familiales. En plongeant dans le quotidien de Julia, quinqua pas très bien dans sa peau, c’est sa profonde intimité qui est passée au tamis. D’échecs en réussites, de moments sombres à ceux de félicité familiale, Claire Lombardo nous raconte une vie, tout simplement.

Claire-Lombardo
© Nina Subin

Julia fait un écart infinitésimal dans ses habitudes et ce sont toutes ses certitudes qui s’effondrent. Pour un acte banal, un détour par un supermarché dans le quartier voisin pour acheter de la chair de crabe en vue de préparer le dîner d’anniversaire organisé en l’honneur de son mari, Julia tombe nez à nez avec Helen Russo, une femme plus âgée qu’elle, qui a beaucoup compté dans les premières années de sa vie de jeune maman.

Comme-au-premier-jourComme au premier jour ne recèle aucun drame, du moins pas de ceux qui bouleversent une vie à tout jamais. Ce sera plutôt la somme de tous ces petits riens qui composent le quotidien que Claire Lombardo nous raconte. Julia mène une vie tranquille et privilégiée dans une banlieue résidentielle de Chicago, mariée à Mark et mère de Ben et Alma, de jeunes adultes pas toujours tendres avec leur mère. Jusque-là, rien de très original. Mais c’est sans compter le pouvoir de narration de Claire Lombardo, qui nous avait déjà conquis avec son premier roman, Tout le bonheur du monde.

Julia est une femme qui doute, mais aussi une femme très lucide sur sa vie et ses différents rôles : épouse, mère, fille. Elevée par une mère peu aimante, elle a épousé Mark, un gentil type du Midwest. Il représente tout ce qu’elle n’a pas connu enfant : stabilité, attention et sécurité affective. À la naissance de Ben, Julia commence à perdre pied. Comment élever un petit garçon qui n’a d’yeux que pour vous, alors que vous estimez ne disposer d’aucune compétence parentale ?

Elle rencontre Helen Russo, bénévole au jardin botanique. Quand cette dernière voit la jeune maman en pleurs, elle la prend sous son aile. Commence alors une amitié qui prend beaucoup de place, peut-être trop. Si cette amitié permet à Julia d’aller mieux, elle la conduit aussi à commettre une erreur de jugement qui mettra son couple en péril.

De chapitre en chapitre, Claire Lombardo tisse la vie de Julia, ses erreurs, ses victoires, l’amour qu’elle porte à ses enfants et à son mari. Et si elle peut se montrer maladroite et se sentir incomprise ou quantité négligeable, elle réalise peu à peu que son ressenti n’est pas forcément le bon.

Comme au premier jour relate une renaissance, celle d’une femme qui prend peu à peu conscience que tout le monde est faillible et que s’accepter aide à pardonner.
Dans le dernier chapitre, Claire Lombardo emporte le lecteur dans un ultime tourbillon qui résume la vie et c’est très émouvant.

Caroline Martin

Comme au premier jour
Roman de Claire Lombardo
Traduction de l’anglais (américain) par Laetitia Devaux
Editeur : Rivages
624 pages, 23,90 euros
Date de parution : 3 juin 2026

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