De la guerre

aff film_3.jpgBertrand Bonello ne manque pas d’humour : dans De la Guerre, il met en scène un cinéaste dont le prénom est…Bertrand, traversant une mauvaise passe, en manque d’inspiration et en quête d’un nouveau départ qui pourrait bien advenir grâce à  ce séjour au Royaume, une espèce de secte rurale. Où, à  coup de méditations et d’exercices corporels – danses mais aussi entraînements quasi militaires – on aide les hôtes de la grande maison à  redevenir vivants, tout en affrontant leurs souffrances dans l’acceptation hédoniste du plaisir.

Vaste et ambitieux programme qui lorgne du côté de la philosophie, de la psychanalyse et de la politique, puisque, comme l’indique le titre faisant référence à  l’ouvrage phare de Clausewitz sur les stratégies des armées modernes, il y est aussi question de guerre. Un combat que doit livrer l’individu face à  la collectivité, au monde, mais également face à  ses propres peurs et traumatismes. Ce dont ne manque pas Bertrand, fasciné à  un tel point par la mort qu’il passe la nuit dans un magasin de pompes funèbres, enfermé dans un cercueil. Scène initiale plutôt drôle et décalée qui nous rend attachant ce garçon lunaire et déphasé – interprété par Mathieu Amalric, acteur franchement formidable, capable d’endosser des rôles de plus en plus étonnants et diversifiés. L’arrivée et le séjour au Royaume, par le biais d’une rencontre fortuite avec son  » directeur  » (Guillaume Depardieu) font basculer De la guerre dans l’étrange et l’onirique. Chaperonné par une prêtresse au verbe rare et sentencieux – Asia Argento telle qu’en elle-même, donc à  peu près nulle et prévisible – Bertrand suit le programme des réjouissances qu’il ne sera pas impossible de trouver tour à  tour débiles, comiques, ennuyeuses ou creuses. Pour être franc, on n’y comprend pas grand chose dans ce salmigondis de réflexions entrecoupées de récréations au milieu des bois, où la transe s’empare des corps soumis à  rude épreuve (jeûne et privation de sommeil).

De la guerre réserve ensuite un de ses plus beaux moments : le retour à  la vie réelle de Bertrand et les retrouvailles avec Louise, son amie disquaire, elle à  l’inverse ancrée dans la réalité. Hélas, la rechute couve et avec elle le retour au Royaume, en complète déconfiture. Le film verse ensuite dans l’allégorique : Bertrand devient combattant au milieu d’une jungle, se rejouant un passage de Apocalypse Now.

Et il est vrai que De la guerre ne manque pas de références ni de clins d’oeil : d’abord au propre univers de BonelloAmalric comme son double manifeste, en panne sur le tournage de…Tiresia – ensuite à  des cinéastes comme Cronenberg ou Coppola. Néanmoins, dans ce jeu des citations, deux autres films apparaissent comme une évidence. La grande maison au milieu du parc peuplée de jeunes gens errants, faisant l’amour ou de la musique, au milieu desquels Bertrand souhaite s’effacer de sa propre vie, c’est là  toute la trame de Last Days (Gus Van Sant). Quant à  l’immersion au plus profond des bois avec cris d’animaux et angoisse diffuse, elle rappelle directement la seconde partie du film thaîlandais Tropical Malady. De la même manière, on peut y percevoir une capacité d’enchantement de la part du réalisateur.

Cependant, De la guerre reste le plus souvent irritant et nébuleux. Assez vain aussi dans ce sur quoi il est censé réfléchir avec une présentation de pistes qui paraissent peu novatrices. Reste donc quelques instants fugaces de grâce, procurés par le côté effectivement sensoriel du film. Pour peu, bien sûr, que l’on n’en voie pas que le seul aspect ridicule. Enfin, espérons que le film serve aussi de thérapie à  son réalisateur et que cet artiste multiple nous livre un long-métrage digne de ses incontestables aptitudes.

Patrick Braganti

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De la guerre
Film français de Bertrand Bonello
Genre : Comédie dramatique
Durée : 2h10
Sortie : 1er Octobre 2008
Avec Mathieu Amalric, Clotilde Hesme, Guillaume Depardieu, Asia Argento

La bande-annonce :

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