Espion(s)

affiche_1.jpgIl aura donc fallu attendre un bon moment avant que Nicolas Saada, cinéphile s’il en est, passe derrière la caméra pour réaliser son premier long-métrage – seul à  son actif jusqu’à  présent un court en 2004 Les Parallèles dont la thématique, : malversations financières couplées à  des retrouvailles familiales, n’est pas sans similitude avec celle abordée par Espion(s). Du temps donc mis à  profit comme critique aux Cahiers, producteur d’une émission culte sur les bandes originales à  Radio Nova et scénariste de Desplechin, autant d’activités qui forgent le goût du jeune homme, qui nous donne à  voir aujourd’hui un premier film ambitieux et convaincant, marqué de son empreinte, réussissant à  déjouer les lois du genre tout en y apportant un oeil neuf.

Une histoire qui se déroule à  Paris, puis à  Londres, où Vincent, bagagiste d’aéroport, devient un agent de la DST mandaté dans la capitale anglaise pour y séduire Claire, l’épouse d’un homme d’affaires soupçonné de trafics avec le Moyen-Orient. Espion(s) entreprend ainsi de jouer sur le double tableau du film d’espionnage – genre codifié que Nicolas Saada, grand amateur de Hitchcock, connait sur le bout des doigts – et du film intimiste et sentimental. Tout l’art de l’ancien collaborateur de Pierre Chevalier sur Arte consiste à  faire prendre et tenir cette curieuse alchimie, alliant le rythme et l’action à  des moments plus lents, resserrés autour des deux protagonistes.
Hormis la scène finale sous forme d’accélération vers une conclusion sèche et ouverte, Espion(s) privilégie l’atmosphère, souvent nocturne et froide, nimbée de tons métalliques, gris-bleu. A cet égard, une des bonnes idées du film est d’en avoir situé la majeure partie à  Londres, obligeant à  recourir à  une langue et des codes étrangers et plaçant du coup le héros en territoire inconnu. Un héros plutôt complexe, ancien élève brillant de Sciences Po, refusant un certain système dévoyé et corrompu que les hasards de l’existence l’amènent pourtant à  fréquenter de près.

Espion(s) traite ainsi de la manipulation et de l’instrumentalisation qui déterminent ici les rapports professionnels et polluent les liens intimes. Mais ce n’est pas qu’une simple théorie intellectuelle, elle vient ici directement se confronter à  la réalité géopolitique la plus actuelle dont Londres, plateforme financière de premier ordre et capitale cosmopolite par excellence, demeure un maillon incontournable. Le film au classicisme évident évite par là -même les écueils d’une violence complaisante et d’un voyeurisme attendu. Rien de spectaculaire dans les scènes d’action et rien que du suggéré dans la relation amoureuse qui se crée entre Vincent et Claire.
Ancré dans son époque, Espion(s) n’en demeure pas moins un film intemporel, revisitant les figures mythiques du jeune chien fou et de l’épouse esseulée et malheureuse. Un film qui montre aussi la complexité du monde contemporain par le biais du personnage d’Anna, une femme d’origine indienne travaillant pour le M15.

Nourri aux grands classiques, de Hitchcock à  Preminger, passionné de musiques de films, de Lalo Schifrin à  Henry Mancini, Nicolas Saada digère sans mal toutes ces références. C’est pourquoi son film, sans esbroufes ni effets inutiles, séduit-il beaucoup par son style élégant – qui n’est pas seulement dû aux charmes des deux interprètes, Guillaume Canet et Géraldine Pailhas – et son ambiance délicieusement mélancolique.

Patrick Braganti

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Espion(s)
Film français de Nicolas Saada
Genre : Espionnage, romance
Durée : 1h39
Sortie : 28 Janvier 2009
Avec Guillaume Canet, Géraldine Pailhas, Hippolyte Girardot, Stepken Rea

La bande-annonce :

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One thought on “Espion(s)

  1. Je viens de voir ce film; fait de bric et de broc avec l’acteur le plus terne de sa génération (Canet). Je note au générique que la région Ile-de France a soutenu financièrement ce film qui se passe intégralement à Londres. Si les Franciliens voulaient savoir où passent leurs impôts, prière de s’adresser à Nicolas Saada, qui a tous les bons copains dans la poche…

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