Sauvage – Gaëlle Hersant, Aurélie Bévière & Jean-David Morvan

En 1731, une enfant sauvage est capturée à  proximité du cimetière de Songy, en Champagne. Recueillie par les institutions religieuses, celle qui se souvenait avoir été appelée « Marie-Angélique » finira par rédiger ses souvenirs après quelques déconvenues. Le succès que rencontra son livre dans le monde entier lui assura un soutien financier jusqu’à  la fin de ses jours. Ce roman graphique retrace le destin extraordinaire de cette Amérindienne qui connut aussi bien la vie à  l’état primitif que les salons littéraires à  l’époque des Lumières.

Sauvage - Gaëlle Hersant, Aurélie Bévière et Jean-David MorvanQui aujourd’hui en France se souvient de Marie-Angélique Leblanc, cette femme qui eut une vie – devrait-on dire plusieurs ? – absolument incroyable. On connaît l’histoire de Victor de l’Aveyron mise en scène par François Truffaut, beaucoup moins celle de cette gamine qui fut abandonnée très jeune aux Français par sa mère esquimaude et apprit à  survivre toute son enfance dans une forêt champenoise. Saluons donc l’heureuse initiative des auteurs de redonner à  cette femme une légitime visibilité.

Avant tout, il faut reconnaître ce mérite à  Aurélie Bévière et Jean-David Morvan d’avoir su synthétiser en 216 pages la vie extraordinairement variée et tumultueuse de Marie-Angélique. S.’appuyant sur les écrits de Serge Aroles, ils ont produit un récit doté d’une narration fluide, épaulé par le dessin sobre de Gaëlle Hersent. Mélange de réalisme et de stylisation, son trait, plus à  l’aise dans le mouvement, semble toutefois moins affirmé dans la reproduction des visages, généralement assez peu expressifs. La mise en couleur, elle, est assez convenue mais semble se bonifier dans les quelques scènes nocturnes quasi oniriques où la jeune Marie-Angélique est en totale communion avec la nature.

Dans l’ensemble, Sauvage procure un bon moment de lecture, même si on aurait voulu en savoir plus sur la façon dont la jeune femme en est arrivée à  ce niveau d’érudition, elle qui ne s’exprimait que par cris et onomatopées, alors qu’elle n’était qu’une enfant livrée à  elle-même dans les forêts françaises. De même, je regrette d’avoir été au final assez peu transporté par le destin de Marie-Angélique, qui pourtant se prêtait à  de beaux moments d’émotion. Véritable force de la nature, elle se relevait à  chaque fois de tous les coups durs (et il y en eut !), expérimentant une nouvelle renaissance qui l’amenait dans un contexte différent du précédent. Pour être plus exact, je dirais que je n’ai pas été ému, seulement touché.

Laurent Proudhon

Sauvage – Biographie de Marie-Angélique Le Blanc 1712-1775
D’après l’ouvrage de Serge Aroles
Scénario : Aurélie Bévière & Jean-David Morvan
Dessin : Gaëlle Hersant
Editeur : Delcourt
Collection : Mirages
216 pages – 24,95 €¬
Parution : 28 janvier 2015

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