Les très belles aquarelles de Patrick Prugne viennent revisiter le western et mettre en lumière un sinistre fait historique des guerres américaines : le massacre de Sand Creek, en 1864 dans le Colorado.

Je ne suis pas très fan des westerns, qu’il s’agisse de romans ou de bandes dessinées, et il aura fallu la solide réputation de Patrick Prugne pour que je me lance sur la trace de son Cheyenne. Un auteur connu autant pour la rigueur de sa documentation historique que pour ses aquarelles en couleurs directes : ses dessins sont même exposés en ce moment dans la galerie Daniel Maghen sur les quais parisiens.
L’histoire s’inspire du sinistre Massacre de Sand Creek en 1864 dans le Colorado : un sombre épisode de la guerre coloniale nord-américaine qui a fait l’objet de plusieurs adaptations cinématographiques dont le film Soldat bleu dans les années 70 (un film qui m’avait beaucoup marqué à l’époque). La guerre de Sécession est à peine terminée, les colons blancs ne cessent de trahir les traités signés avec les Indiens et de réduire à peau de chagrin les réserves concédées… « Les blancs sont de plus en plus arrogants. Ils mangent nos terres un peu plus chaque jour et les bisons fuient toujours plus loin… »
L’auteur n’hésite pas à convoquer tous ceux qui furent les acteurs de ce triste épisode historique : l’officier Edward Wynkoop, le colonel Chivington, face aux chefs cheyennes Black Kettle, White Antelope, Roman Nose… qui restent divisés quant à la conduite à suivre et la confiance qu’ils peuvent accorder aux mensonges des blancs.
Jusqu’aux frères Bent, George et Charley, qui ont réellement existé, coupables d’être nés métis et d’avoir embrassé la cause des Confédérés, deux crimes qui leur seront difficilement pardonnés.
« N’oubliez pas qu’en plus d’avoir servi dans l’armée sudiste, vous êtes métis.
Et ici, c’est une raison suffisante pour se balancer au bout d’une corde. »
Les aquarelles de Patrick Prugne font merveille, elles jouent des couleurs complémentaires et se rendent parfaitement toute la beauté des paysages des plaines de l’ouest où les différents tons de bleus s’illuminent d’ocres flamboyants, c’est superbe. On regrette presque une mise en cases un peu trop sage où l’auteur ne s’est pas autorisé des planches grandioses comme pour la belle couverture.
L’album manque d’un cheveu notre label coup de cœur : tout à son devoir de rigueur historique, le récit n’arrive pas vraiment à emporter le lecteur, il manque d’un souffle épique, d’un supplément d’âme, et on aurait aimer passer plus de temps avec ces cheyennes (les retrouvailles des frères Bent avec leur mère indienne sont émouvantes). Peut-être est-ce dû en partie à la profonde tristesse qui baigne ce récit, celui d’un incroyable gâchis, d’un effroyable génocide.
« – Ne pleure pas…
– Je pleure pas… c’est mes yeux qui coulent. »
Le scénario est hélas connu : il s’agit encore d’un épisode de ces guerres coloniales où la duplicité et la cupidité des colons blancs fera tant de victimes parmi les populations locales. La vague des films westerns viendra bientôt réécrire toute l’histoire au profit des vainqueurs et il n’est sans doute pas inutile de revenir encore aujourd’hui sur les épisodes les plus significatifs. On ne peut s’empêcher de penser que le récit du massacre de Sand Creek par Patrick Prugne, n’est pas seulement un louable devoir de mémoire mais peut-être aussi une façon d’éclairer nos guerres toujours présentes.
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Bruno Ménétrier
Cheyenne
Scénario et dessin de Patrick Prugne
Editeur : Daniel Maghen
96 pages – 19,50 €
Date de parution : 22 avril 2026
Cheyenne — Extrait :

