5+5 = Olivier Salaün

Olivier Salaün, auteur nouvelles et éditeur chez Antidata et guitariste au sein de Cvantez évoque ses disques favoris d’hier et d’aujourd’hui pour Benzine.

Olivier Salaün

Olivier Salaün est un touche à tout éclairé et indépendant… croisement étrange d’un vieux chat de gouttière parigot et d’un rat de bibliothèque. A la fois auteur de nouvelles et éditeur chez Antidata, il arpente également – trop discrètement – la scène rock-indé française avec Cvantez, cocktail noisy-pop raffiné (désormais francophone) servie par la jolie voix de Cyrielle Martin. En mai sortait Lozère, troisième album du trio, abouti, composé, exotique, sombre et, c’est con à dire… lumineux.

mai 2016

5 disques du moment :

Matt Elliott : the broken man – 2012
Il faut être en forme pour écouter Matt Elliott ! J’ai rarement entendu quelque chose d’aussi funèbre. Mais c’est vraiment magnifique. Il a une très belle voix, et la musique est un mélange unique de sonorités d’Europe de l’est, de guitare flamenca, de chœurs d’outre-tombe et d’électronique fiévreuse. A réserver aux amateurs éclairés !

Garciaphone : Constancia – 2013
Le premier album d’un très bon groupe français. C’est fin, assez dépouillé, avec un beau son et de belles mélodies. Ça fait un peu penser à Grandaddy, mais en mieux ! Il y a peu de groupes comme ça en France, et j’espère qu’ils vont continuer à sortir des disques (il me semble qu’un deuxième album devrait paraître cette année).

Jean-Louis Murat : Babel – 2014
Je n’apprécie pas beaucoup la chanson française, mais j’ai un faible pour Jean-Louis ! J’adore sa voix, sa diction, le côté recherché, voire un peu précieux, parfois suranné, de ses textes, qui sont toujours suffisamment travaillés pour avoir du mystère et de la profondeur, et sur ce disque, le son et les arrangements sont particulièrement réussis. Depuis Mustango, Murat fait du rock et ça lui va très bien. Et puis, j’ai beaucoup d’estime pour sa démarche et son caractère : on le dit parfois insupportable mais il est drôle et intelligent, et il creuse son sillon en toute indépendance d’esprit.

Spoon : They want my soul – 2014
Spoon
a commencé par faire du grunge (l’excellentissime « Telephono« , qui regorge de tubes, dont le désormais fameux « Cvantez » !), avant d’évoluer vers une sorte de disco-punk ultra dépouillée, dont ce dernier album est une très bonne cuvée. Ils sont incroyablement précis et percussifs, et leur chanteur est une perle : la voix, la tronche, le charisme, le sourire, il a tout. A ne pas rater sur scène.

Nadine Shah : Fast food – 2015
Elle me fait un peu penser à la P.J. Harvey du début des années 90 ! Son chant grave et un peu psalmodié a beaucoup de puissance et de personnalité, et pour le reste, c’est du rock assez simple mais bien senti et d’une grande élégance. En l’écoutant j’avais l’impression de retrouver quelque chose qui s’est un peu perdu ces dernières années, un rock à la fois brut, naturel et raffiné. Et en concert c’est la classe absolue, comme Spoon.

5 disques pour toujours :

Jefferson Airplane : Surrealistic pillow – 1967
Pour un mouvement plutôt proliférant, le rock psyché a laissé finalement peu de vraiment bons groupes, mais les quelques-uns qu’on écoute encore, et dont fait partie Jefferson Airplane, se révèlent géniaux et indémodables. Le morceau « White Rabbit » est un de ces trucs qui donnent le frisson !

David Bowie : Aladdin Sane – 1973
J’aurais pu en choisir 4 ou 5 autres de Bowie, tellement sa discographie est à la fois pléthorique, variée et de haut niveau, ce qui est quand même un cas quasi unique. Mais Aladdin Sane présente l’avantage de contenir un des plus beaux morceaux de Bowie à mon sens : Lady Grinning Soul

The Gun Club : Fire of love – 1980
Un groupe culte et encore underground qui aurait dû avoir une reconnaissance bien supérieure, ne serait-ce qu’en raison du chant vibrant et magnifique de Jeffrey Lee Pierce. Les guitares sont géniales aussi. J.L. Pierce était à la fois fou de Delta Blues, et fan de Blondie ! Le meilleur album de Noir Désir, « Du ciment sous les plaines« , doit beaucoup au Gun Club.

Pixies : Doolittle – 1989
On ne peut pas dire que les Pixies aient vraiment inventé quelque chose, et pourtant, ils restent à mes yeux un des plus grands groupes de l’histoire du rock. Les mélodies, les arrangements, le son des guitares, la basse, le chant déjanté, tout est génial, sur 4 albums (je mets de côté le dernier), il n’y a pas un morceau moyen, et il y a plus d’idées originales dans un morceau de 2 minutes 30 des Pixies que dans toute la discographie d’Oasis. A chaque fois que je ré-écoute un titre comme « Hey« , j’en reste baba !

P.J. Harvey : Dry – 1992
Quand cet album est sorti je suis devenu dingue de P.J. Harvey, et ça n’a fait qu’empirer avec le suivant, « Rid of me« . C’est comme le Gun Club, ça vibre de partout ! Je ne sais pas comment dire ça, disons qu’il y a de l’âme dans ces disques-là. Et les concerts de l’époque étaient aussi empreints d’une tension et d’une force incroyables. Elle ne bougeait presque pas, elle était tout en noir avec les cheveux tirés en arrière, on aurait dit une espagnole, avec juste un batteur et un bassiste tout aussi sobres, et un torrent d’émotion brute sortait d’elle.

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