Christopher Cantwell et Tyler Crook proposent une issue violente et tragique à la cavale des plus célèbres fugitifs de l’histoire américaine contemporaine, les évadés d’Alcatraz.

Le 11 juin 1962, Frank Morris, John et Clarence Anglin, trois détenus à de longues peines, s’évadent de la prison fédérale d’Alcatraz. L’exploit est jugé impossible. Le pénitencier est bâti sur un îlot à 2 kilomètres au large de San Francisco. L’eau est glacée et les courants violents. On ne les a jamais revus. Le FBI les a très officiellement déclarés noyés en 1979.
En 1976, Don Siegel proposait sa version de l’évasion avec Clint Eastwood en tête d’affiche, son film s’achevait sur une fin ouverte. La légende veut pourtant croire à leur survie. Ils pourraient avoir réussi… À l’image du récent Dernier Vol de Dan Cooper, où Jean-Luc Cornette proposait sa propre version d’une autre affaire de cavale non résolue, Christopher Cantwell poursuit l’histoire des fugitifs d’Alcatraz.
Nous retrouvons nos évadés dans leur canot de fortune. Ils ont survécu, du moins deux d’entre eux. Ils sont recueillis sur la plage par une complice. Elle leur a promis son aide, à condition qu’ils la suivent ensuite, sans discuter. N’est-ce point retourner en prison ? Leur route va être sanglante. Si le FBI abandonne l’affaire, deux policiers la reprennent à leur compte. Ils ont un compte à rendre avec la société. Eux aussi fuient… Les personnages de Cantwell sont moins forts que ceux de Don Siegel. Ils manquent de lucidité, présentent des fêlures… et ressemblent aux anti-héros des frères Coen.
Par ses aquarelles et son trait réaliste, Tyler Crook (BPRD, Black Hammer) nous immerge dans l’Amérique des années 1960, une Amérique blanche et ségrégationniste que, par la seule force d’Hollywood, nous avons l’impression de connaître. Sa technique fonctionne aussi bien dans les scènes d’extérieurs, sa Californie est lumineuse, que lors des séances de nuit, quand les fugitifs se terrent. Ses cadrages serrés accentuent l’impression d’enfermement.
L’histoire est tragique. Les fuyards, la jeune femme, les policiers, tous fuient, que ce soit la misère ou la ségrégation, l’homophobie ou la trahison. De mélancolique, la tonalité vire au tragique. Le road movie se fait sanglant. La liberté se paie cash, le prix est excessif, la liberté pourrait n’être qu’une illusion. Les cadavres s’accumulent, leur fuite est sans retour. Toute fuite est une descente aux enfers.

Stéphane de Boysson
Les Évadés d’Alcatraz
Scénario : Christopher Cantwell
Dessin : Tyler Crook
Editeur : Delcourt
160 pages – 18,50 €
Parution : 12 mars 2026
Les Évadés d’Alcatraz — trailer :
