Les Foo Fighters reviennent avec Your Favorite Toy : un disque resserré, plus nerveux qu’à l’accoutumée, porté par une batterie très frontale et une envie d’en découdre qui devrait faire des dégâts sur la tournée européenne de cet été.

Il y a, chez le fan de grunge old school, un petit malaise qui s’est installé au fil des trente années de trajectoire des Foo Fighters. Là où le succès phénoménal de Nirvana s’est construit sans compromis apparent (Steve Albini pour produire In Utero étant tout sauf un choix de facilité), Dave Grohl a façonné avec ses Foo Fighters un monstre de stadium rock : des tubes imparables, une production XXL et des refrains à reprendre en chœur — Best of You et The Pretender en étant les exemples les plus évidents. « Groupe », si l’on veut : derrière l’image collective, Grohl, qui a lancé le projet seul, reste le maître d’œuvre, composant l’essentiel et remodelant le line-up à sa guise, comme l’a encore rappelé le récent limogeage de Josh Freese. Sur scène, en revanche, les Foo Fighters conservent tout leur mordant ; et, pour ma part, je ne suis jamais passé dans l’opposition, tout en comprenant les réserves de ceux qui auraient aimé voir Dave Grohl prendre davantage de risques, et réinjecter plus franchement des éléments de la scène hardcore qu’il a si souvent célébrée. Le meilleur symbole de cette évolution en trompe-l’œil reste le documentaire Sonic Highways : huit villes emblématiques et symboles d’un style musical ayant façonné l’histoire de la musique américaine, un morceau par étape, des paroles nourries d’histoire locale… mais, musicalement, un Foo Fighters très classique, que l’on enregistre à Nashville ou à Washington, comme si toute évolution était dangereuse.
Bref, si ce nouvel album était attendu, une vraie mue musicale semblait peu probable, malgré l’arrivée du monstre Ilan Rubin, débauché de NIN, à la batterie. C’est évidemment un poste sensible : tenir la batterie dans un groupe dont le leader était l’un des meilleurs du monde à ce poste, et après le décès de son plus proche lieutenant, mieux vaut avoir un pédigrée irréprochable.
Dave Grohl et les siens ont, il est vrai, encaissé leur lot de coups durs ces dernières années : la disparition de Taylor Hawkins, celle de la mère de Dave Grohl en 2022, et la révélation de problèmes de couple qui ont écorné sa réputation. Grohl, qu’on devine affecté, reste pourtant pudique et ne transforme pas ce disque en exutoire : ce n’est ni Blood on The Tracks ni Tunnel of Love. À noter enfin que c’est le premier album depuis 2014 à ne pas être produit par Greg Kurstin, mais par le groupe lui-même et un certain Oliver Roman, sans que la différence saute vraiment aux oreilles.
Dès Caught in The Echo, Grohl annonce la couleur, hurlant « Do I ? Do I ? » avant les frappes de mule de Ilan Rubin et un riff franchement agressif. On a donc des Foo Fighters revigorés, prêts à en découdre, même si le morceau sait ensuite lever le pied sans sacrifier la mélodie. Retour aux sources, nouvelle énergie : oui, mais sans mettre en jeu le statut et le potentiel commercial chèrement acquis. Of All People enfonce le clou, tant le titre renvoie aux compositions du premier album. La batterie, très en avant, fait merveille ; et si Ilan Rubin est irréprochable, on ne peut s’empêcher de penser que son rôle chez Trent Reznor laissait espérer davantage de variété et de subtilité que ce qui lui est ici demandé. Window évoque le Pearl Jam de la période Vitalogy / No Code : un mid-tempo agréable, mais un peu anecdotique. La chanson-titre, Your Favorite Toy, est plus faible et peine à décoller. À l’inverse, If We Only Knew affiche un vrai potentiel tubesque, tandis que l’excellent Spit Shine, ses guitares punk et son parfum Hüsker Dü, a tout pour devenir un brûlot en concert. Unconditional, plus à part, s’explique : écrite il y a plusieurs années, la démo a été ressortie lors des répétitions de la tournée d’il y a deux ans, puis finalisée à cette occasion. Un morceau qui résume bien la dualité punk/rock de stade du groupe, avec notamment des guitares à la U2.
On peut passer sur Child Actor, temps faible du disque, mais les deux derniers titres sont excellents, Amen, Caveman en tête, qui contient aussi les paroles les plus explicitement politiques de l’album : « Generation euthanized / Go run for cover, you’re in for a big surprise / A simulation to keep you at bay / A stimulation and it bombs away » (Génération euthanasiée : file te mettre à l’abri, la surprise va te foudroyer / Une simulation pour te tenir à distance / Une stimulation… et tout part en éclats). Asking For A Friend clôture l’ensemble et se montre plus ambitieux, avec des passages à la limite du prog/metal ; Ilan Rubin y adopte un jeu moins mécanique, plus proche, par moments, du travail d’un Mike Portnoy.
Au final, c’est un disque assez ramassé (36 minutes) qui tient bien la route, avec suffisamment de bons titres pour combler les fans du groupe.
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Laurent FEGLY
Foo Fighters – Your Favorite Toy
Label : RCA
Date de sortie : 24 avril 2026
