7e album et nouvelle mue pour KG, qui pousse plus loin ses explorations électroniques. Entre textures industrielles, héritage 80’s et dérives cosmiques, Le Règne, la Puissance et la Gloire impose une vision sonore dense, sombre et fascinante.

De ses débuts shoegaze en 1992, qui respiraient les effluves psychotropes à la My Bloody Valentine, plébiscité par Bernard Lenoir dans son émission sur France Inter, KG s’est doucement mué en projet électronique. Avec comme point d’orgue l’excellent album Passage Secret, paru en 2014, dont la pochette ornée de son visage en gros plan frappait l’œil.
Derrière KG se cache Rémy Bux (ex-Sun Plexus et ex-Ich Bin), cheveux au vent, perfecto et synthé en bandoulière. Le prestigieux label américain Captured Tracks ne s’y est pas trompé en sortant Come Closer, We’re Cool, une compilation de singles datant de son époque noisy pop. Depuis, KG a publié deux albums, Jesus Weint Blut (2019) et Ein Mann Ohne Feind (2022), délaissant les sons planants et saturés pour une électro plus scintillante. Frontalier, il mélange français, anglais et allemand, autant dans les titres que dans les textes. Rappelons que KG est l’acronyme de Kriegsgefangene, soit « prisonnier de guerre » durant la Seconde Guerre mondiale. Tout un programme.
À l’écoute de son nouvel album Le Règne, la Puissance et la Gloire, il subsiste peu de traces du passé. KG inscrit ses neuf titres — dont sept instrumentaux — dans un marbre sonore dont les veines électroniques embrassent les années 80 et 90, quand la fluorescence se mêle au tragique.
Des rotors d’hélicoptère en introduction, Please Plunge The World Into Darkness annonce des sons nouveaux, tant dans les rythmes presque technoïdes que dans les arrangements. Un cri, puis plusieurs, font régner une peur mesurée ; les claviers prennent le contrôle et ravivent les saturations douces.
Un vent synthétique s’engouffre dans les brèches électro ouvertes par Panzerschokolade. Les séquenceurs et séquences instrumentales s’emballent pour un final noisy-fog de haute altitude. Retour à des sonorités plus familières avec Al Maalou Huwa As Shetan, où quelques distorsions salvatrices, au service d’une voix féminine en mode spoken word, s’abandonnent sur des rythmiques industrielles crades et expérimentales.
Puis le titre opère une bascule sonore plus spectrale, partagée par Kraft Durch Schadenfreude, qui, comme son nom ne l’indique pas, rappelle certaines formations françaises des années 70, issues de la compilation d’avant-garde Cosmic Machine (2013, Because). Le format y est plus pop, mais prend vite la tangente pour un road movie SF. Pas loin, Monte Kali se couvre de bugs sonores avant que des cordes n’apportent de la douceur dans une complexité astrale. Retour sur terre avec le shoegaze Roter Abendbrand, au chant alémanique et aux guitares ultra noisy.
Pierres Vivantes se montre vivace, avec un petit côté New Order/M83 qui vire au déluge apocalyptique, là où La Guerre Contre Baldersheim propose une danse sur un parquet glissant aux accents proto-techno futuristes, clin d’œil à son album The Tatami Cissy, paru en 1999, et porté par un séquenceur 80’s efficace. KG finalise son album avec l’organique S.P.E.C.T.R.E 12 : la guitare pose des accords new wave avant que l’emballement récurrent ne se fracasse contre un mur de sons aléatoires.
Suivre un fil électronique déconstruit, telle est la logique de KG, qui devrait proposer son album à la NASA pour le propulser à sa juste place : sur Pluton.
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Mathieu Marmillot
