[Live Review] The Vaccines et Gans au Bataclan (Paris) : quand la première partie…

Quand la première partie est meilleure que le set principal, dans quel état d’esprit sort-on d’un concert ? Eh bien, plein d’enthousiasme, car après tout, le renouvellement de la musique se fait lorsque la jeunesse dépasse ses aînés. Admettons-le, The Vaccines ont réjoui leurs fans extatiques avec un set généreux et professionnel, mais la folie était du côté de Gans !

The Vaccines 21.4.26 00-2
The Vaccines au Bataclan – Photo : Laetitia Mavrel

On connaît des gens, et même des amis, qui arrivent systématiquement en retard aux concerts, évitant ainsi, volontairement ou non, d’assister à la première partie de la soirée. Parfois, cette stratégie leur épargne des choses très mauvaises – on pense aux terribles groupes débutants, qui ne sont soutenus que par leurs familles et leurs potes, que nous propose souvent le Supersonic. La plupart du temps, ils n’ont pas l’occasion de découvrir des gens qui deviendront importants quelques mois plus tard, et on en a des centaines d’exemples. Rarement, mais ça arrive, ils passent à côté d’un moment exaltant où quelque chose de magique se passe, qui illumine la soirée, et risque même de nous « gâcher » le set principal : ce genre de « révélation » s’inscrit alors de manière indélébile dans notre mémoire. Nous pouvons par exemple vous citer un 10 juillet 1979 au Palace, lorsque The B-52’s débutants ont laminé un public extatique et pleurant de joie, rendant le concert des Talking Heads, ensuite, presque nul et non avenu…

GANS 21.4.26 03-220h00 : … Les trente minutes furieuses et exaltantes que nous a offert Gans, le duo électro-punk de Birmingham, n’ont sans doute pas atteint le même niveau, mais quand même : Thom Thodes, à la basse et aux boucles de synthé, Euan Woodman, à la batterie et au chant (mais également en charge de provoquer et de gérer l’hystérie du public), avec le renfort de Tommy, un saxophoniste et flûtiste bienvenu, nous ont offert les plus fortes joies de la soirée. Admettons toutefois que l’effet de surprise n’a pas été total, car la rumeur de leur set démentiel au POP UP!, la semaine précédente, nous avait déjà atteints.

La musique que joue GANS, c’est du punk festif, fait pour la danse et pour la transe, traversé de sons électroniques parce que c’est ce que la « jeunesse sonique de 2026 » aime, et on ne le leur reprochera pas, mais également mâtiné de free jazz comme le font aujourd’hui les meilleurs groupes qui dépassent le stade du « post-punk ». Et c’est là que l’apport du saxo – et de la flûte traversière, soit le plus punk des instruments, non ? – est essentiel, entraînant leur musique vers l’abstraction et le chaos, propices à l’extase du public. Cela permet au groupe d’alterner en live les moments bien « bourrins » où on fait monter la température dans un moshpit hilare, et les longues digressions où l’on peut donc s’engloutir dans la transe (Rappelons que The Stooges avaient eu, dès 1970, avec leur Fun House, cette intuition géniale que le punk qu’ils venaient d’inventer pouvait s’enrichir du délire free jazz !).

La setlist est composée de quatre titres de l’album, tous ultra efficaces (Personnellement, j’ai particulièrement adoré I THINK I LIKE YOU, avec un son de basse qui déchirait, et de belles poussées hystériques), et un inédit, STEP-PSYCHOSIS. Soulignons aussi que Euan est un maître de cérémonie redoutable quand il arrête de démanteler son drumkit en frappant comme un malade, et qu’on peut visiblement toujours compter sur lui pour rendre le public fou.

Bref, une très grosse découverte pour nous, qu’on espère revoir sur scène au plus vite.

The Vaccines 21.4.26 18-221h00 : Même si GANS a dérobé le feu divin, on n’est pas inquiets, car on sait que The Vaccines, un groupe toujours excellent sur scène, même quand leurs albums ne sont pas d’un niveau fantastique, va faire le job. D’abord, Justin Young est l’un des « frontmen » les plus agréables qui soient : toujours souriant, dégageant une sincérité qu’on aurait du mal à qualifier de « feinte », communiquant exactement comme il faut en termes de temps de parole et de pertinence, et clairement garant de la satisfaction de son public. Ensuite il y a justement ce public, presque idéal, puisque mêlant fans de la première heure plus tout frais (le groupe a débuté il y a 15 ans déjà !) et jeunes adulant les beaux morceaux Power Pop aux mélodies accrocheuses qui sont la signature du groupe. Et enfin, la soirée est consacrée – au moins pour moitié – à la réinterprétation des chansons de leur fameux premier album, What Did You Expect From The Vaccines? Qu’est-ce qui pourrait mal se passer ? Eh bien, à part la forte impression laissée par GANS, rien du tout.

Et de fait les quatre-vingt-dix minutes qui vont suivre seront l’expression parfaite d’un concert idéal de Power Pop. Avec toutes ses qualités : beaucoup de mélodies imparables, et donc beaucoup de refrains chantés en chœur, de battements de mains, et de sourires jusqu’aux deux oreilles sur les visages. Et ses défauts, inhérents au genre : une indéniable superficialité et une relative uniformité de la tonalité et de l’atmosphère.

L’intelligence de la setlist de ce soir – car The Vaccines sont clairement un groupe intelligent – c’est de nous proposer évidemment les 12 chansons du premier album, mais dans un ordre différent, ce qui permet au groupe de surprendre les attentes des fans comme d’imposer une dynamique sans doute meilleure. L’enchaînement des « tubes » Wreckin’ Bar (Ra Ra Ra) et Post Break-Up Sex en seconde et troisième positions est par exemple une manière idéale de lancer la soirée après l’échauffement sur Blow It Up. A l’inverse, la conclusion de l’album avec un majestueux Family Friend et un intimiste (très rare, chez The Vaccines) Somebody Else’s Child reste intacte, avec un effet maximum. Et puis, reconnaissons que, après avoir réécouté le disque l’après-midi avant de rejoindre le Bataclan, le groupe est bien meilleur aujourd’hui techniquement qu’il y a onze ans.

La seconde partie du set est consacrée à aligner les titres les plus « tubesques » du reste de la discographie du groupe, ce qui assure une montée dans les tours du public, avec une explosion générale sur Teenage Icon et I Always Knew, extraits irrésistibles du sous-estimé second album, Come of Age. Chacun, ou presque, aura pu écouter ce soir « sa chanson préférée », ce qui était clairement l’objectif de Justin Young. Pour nous, c’est Teenage Icon, justement : « I’m no teenage icon / I’m no Frankie Avalon / I’m nobody’s hero » nous semble un refrain idéal ! (Je ne suis pas une icône adolescente / Je ne suis pas Frankie Avalon / Je ne suis le héros de personne).

The Vaccines 21.4.26 30-2Le rappel s’avère plus surprenant, avec une version solo acoustique de No Hope, apportant tardivement une vraie rupture de ton. Ensuite, Justin décide de satisfaire une demande de fans du premier rang, et il nous offre une interprétation – que nous avons trouvée impeccable pour un titre non prévu – de We’re Happening, une face B peu connue datant des débuts du groupe ! On enchaîne avec la présentation d’un titre qui figurera sur le prochain disque, et qui ne fait pas une très forte impression, mais au moins prouve que The Vaccines avance. Et le concert se termine sur le très bon single de 2018, All My Friends are Falling in Love.

Les fans sont comblés, et ils ont raison de l’être. The Vaccines sont un groupe généreux, et d’une belle efficacité en live. Après tout, s’ils ne sont pas (ou plus…) révolutionnaires, on ne saurait, en toute bonne foi, le leur reprocher. Le relais est passé à la génération d’aujourd’hui et c’est très bien comme ça !

GANS :
The Vaccines :

Eric Debarnot
Photos : Laetitia Mavrel

Leurs disques :

2026 04 21 Gans Bataclan AlbumGANSGOOD FOR THE SOUL
Label : Strap Originals
Date de parution : 4 juillet 2025

 

 

 

 

 

2026 04 21 The Vaccines Bataclan AlbumThe Vaccines – What Did You Expect From The Vaccines?
Label : Columbia Records
Date de parution : 14 mars 2011

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.