« Les Maisons parachutées », de Didier Daeninckx : les faux talbins de Mauthausen

Avec Les Maisons parachutées, Didier Daeninckx signe un polar historique dans lequel il excelle une nouvelle fois à faire parler les fantômes qui hantent notre Histoire contemporaine.

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Francesca Mantovani © Editions Gallimard

Personne n’a oublié Meurtres pour mémoire, le roman « référence » de Didier Daeninckx paru en 1984, dans lequel il interrogeait notre Histoire contemporaine, comme il le fera tout au long de sa carrière  riche de 110 titres, avec des livres comme Cannibale (1998), La mort n’oublie personne (1985), ou encore Le der des ders (1989). Quatre décennie plus tard, il reste l’un des auteurs capables de faire toujours et encore de la littérature policière un acte politique, comme il le prouve avec cet livre inspiré par l’histoire d’un grand-oncle déporté à Mauthausen, Albert Chardavoine… un nom que l’on jurerait sorti d’une BD de Tardi !
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Les maisons parachuteesNevers, juillet 1952. Des ouvriers mettent au jour trois squelettes dans une ferme abandonnée. On apprendra que ces trois hommes ont été exécutés d’une balle dans le front, les mains liées. L’inspecteur Philippe Orbec hérite de l’affaire qui va avoir une résonnance très particulière pour lui puisque c’est précisément là que son père, commissaire collabo, a lui-même été abattu par la Résistance en 1944, dans des circonstances jamais éclaircies.

Les trois victime sont des déportés revenus de l’enfer de Mauthausen-Redl-Zipf. Et c’est là que le roman déploie son matériau le plus fascinant : l’Opération Bernhard, un épisode méconnu de la guerre, au cours duquel les nazis ont recruté parmi les déportés les meilleurs graveurs et faussaires d’Europe pour fabriquer des centaines de millions de fausses livres sterling dans les tunnels d’une brasserie autrichienne. L’objectif étant de déstabiliser l’économie britannique.

Didier Daeninckx nous plonge dans une enquête touffue, menée par l’inspecteur Orbec qui, au fil de ses rencontres, va aller de découverte en découverte pour tenter de comprendre ce qui se cache véritablement derrière cette triple exécution. Ici, pas le temps pour les bagarres ou les courses poursuite, c’est une enquête au rythme un peu pépère mais qui n’en est pas moins instructive que nous offre là l’auteur.

Et comme souvent, chez celui qui a travaillé avec Tardi ou le photographe Willy Ronis, il y a un sous-texte politiquer évident dans ce dernier roman, ce qui ne sera pas pour déplaire aux lecteurs fidèles de Daeninckx.

Sans atteindre les sommets des livres cités plus haut, Les maisons parachutées est un roman noir éclairant sur une affaire méconnue, et qui rappelle que la littérature policière peut exhumer ce que l’Histoire officielle oublie parfois.

Benoit RICHARD

Les Maisons parachutées
Roman de Didier Daeninckx
Editeur Gallimard
240 pages – 20,50€
Date de parution : 2 avril 2026

 

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