Sequel de The Handmaid’s Tale basée sur un nouveau roman de Margaret Atwood, The Testaments déçoit un peu par son esprit « Young Adult » et un net adoucissement de sa représentation d’une dictature religieuse. Ce qui ne veut pas dire que la série manque d’intérêt, ni qu’elle n’évoluera pas positivement dans les prochaines saisons.

En 2019, soit 34 ans après la publication de son chef d’œuvre universellement reconnu, la Servante écarlate, Margaret Atwood a sorti une suite à sa célèbre fiction uchronique, se déroulant 15 ans plus tard, les Testaments. On peut imaginer que la reconnaissance apportée par les premières saisons – unanimement célébrées – de l’adaptation en série TV par Hulu de The Handmaid’s Tale a joué dans cette décision de poursuivre la « saga » de Gilead, et donc de prendre le risque d’affaiblir la vision qu’elle avait construite d’une Amérique fasciste, soumettant au nom de Dieu les femmes à des restrictions radicales de leur libertés. On peut aussi penser que le premier mandat de Trump avait réactualisé chez l’autrice ses craintes devant la menace d’une Amérique « chrétienne » souhaitant remettre la femme « à sa juste place ». Il est en tous cas saisissant que The Testaments, transposition par la même équipe de chez Hulu, avec le même showrunner, Bruce Miller, et une partie du casting original, en particulier la formidable Ann Dowd, et une Elisabeth Moss qui prend visiblement du plaisir à « être » une nouvelle fois June Osborne, sorte sur nos petits écrans alors que le second mandat de Trump a encore montré combien les acquis démocratiques sont fragiles aux USA.

Le choix d’Atwood a été de mettre au centre de sa nouvelle histoire des adolescentes, faisant partie de la « classe la plus aisée » de Gilead, pour montrer que même les femmes les plus privilégiées d’une société ultra-religieuse / fasciste ne sauraient échapper à un système aussi fondamentalement totalitaire. Mais que – c’est là le rayon d’espoir qui se dessine au fur et à mesure du déroulement des 10 épisodes de la première saison de The Testaments – la fameuse « sororité » – cette forte connexion féminine dont on parle de plus en plus aujourd’hui – peut s’avérer un vecteur de prise de conscience et donc de changement : un phénomène que le patriarcat sous-estime constamment, voire dont il nie l’existence. La force de The Testaments réside donc dans un sujet beaucoup plus en lien avec l’actualité politique US et mondiale, un ton moins « SF / uchronique » que The Handmaid’s Tale…, surtout si l’on considère que l’un des gros sujets de cette première saison est les abus sexuels commis « sous influence », soit d’abus de pouvoir, soit de drogues…
Le roman d’Atwood – que nous n’avons pas lu – adoptait apparemment la forme d’un récit « à trois voix », celles de Aunt Lydia, personnage-clé de La Servante écarlate, d’Agnes, une jeune femme de Gilead, et de Daisy, une jeune Canadienne. Miller a abandonné cette structure complexe, choisissant de centrer sa série sur l’infiltration de Daisy (Lucy Halliday, fascinante), chez qui on retrouve les caractéristiques physiques et spirituelles de June, dans l’univers fermé de la préparation des jeunes filles de Gilead à leurs futurs devoirs d’épouses… la trajectoire de Lydia depuis le coup d’état ayant amené l’effondrement des USA restant limitée, elle, à des flashbacks. C’est sans doute plus simple, en termes de narration, mais cela confère à The Testaments une coloration « teen drama » (ou « young adult ») qui prive la série de la terrible et radicale dureté des premières saisons – tellement marquantes – de The Handmaid’s Tale.
De la même manière, même si la mise en scène reprend régulièrement les fameux « tableaux vivants » de la « série-mère », l’esthétique est cette fois très adoucie, avec une palette colorimétrique plus lumineuse, presque « dorée », tandis que la figuration de la violence est atténuée, ce qui ôte pas mal de sa force au récit. On comprend la démarche, s’il s’agit de correspondre à la perspective « protégée de la dure réalité » des filles privilégiées de Gilead, mais il est indiscutable que The Testaments est loin du coup de poing dans l’estomac que fut The Handmaid’s Tale.
Certains ont en outre pointé des incohérences chronologiques / temporelles, les scénaristes ayant eu visiblement des difficultés à faire recoller les dernières saisons de The Handmaid’s Tale (celles mettant en scène une guerre entre ce qui reste des USA et Gillead) avec le nouveau roman d’Atwood, mais, dans le fond, ce n’est pas le « vrai problème » de The Testaments. Ce qui nous préoccupe, après ces dix premiers épisodes de bonne facture mais beaucoup moins percutants, c’est le risque que The Testaments ne soit bien finalement qu’une série « Young Adults » de prestige de plus, traitant ses thèmes politiques, sociaux et psychologiques avec beaucoup trop de prudence.
S’il y a une chose que l’on espère très fort, c’est que Miller et ses scénaristes creusent dans le futur le sujet le plus fort de The Testaments, celui du trajet d’Aunt Lydia, archétype de la collaboration avec l’ennemi (un sujet sur lequel The Testaments pourrait proposer une vision différente mais tout aussi intéressante que le Notre salut qui a enchanté Cannes cette année). Malheureusement, c’est un sujet que le public états-unien, qui n’a jamais connu encore les affres d’une occupation, ignore : une question pourtant pertinente en 2026 quand il s’agit de réfléchir à l’acceptation ou à la résistance possible face aux mesures mises en place par un gouvernement d’extrême droite.
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Eric Debarnot
