Fidèle à cette poésie oblique et à cet art du pas de côté qui n’appartiennent qu’à lui, Julien Gasc fait une nouvelle fois mouche avec un disque de chansons adorables, qui cultive son étrangeté avec une élégance rare.

Avec Julien Gasc, que ce soir sous son propre nom ou en compagnie de ses comparses d’Aquaserge, on sait que l’on va quitter es sentiers balisés, pour retrouver un artiste toujours capable de raconter des choses très intimes avec une forme de détachement. Perles, coraux & requins est un cinquième album depuis l’inaugural Cerf, Biche et Faon, paru il y a déjà treize ans, et qui ne dépareillera pas dans un discographie aussi riche que singulière.

Enregistré à Berlin sous la houlette d’Anton Newcombe, avec la complicité de Tim Gane et Leo Blomov, l’album déploie un univers foisonnant où se croisent les ombres de João Gilberto, Chico Buarque (16, Patrick…), le raffinement pop des High Llamas (Perles, coraux & requins) et la liberté créative d’un Robert Wyatt. Pourtant, jamais Julien Gasc ne donne l’impression de citer ses influences. Il les absorbe pour mieux façonner une œuvre profondément personnelle.
Comme toujours chez lui, tout commence par cette voix traînante, indolente légèrement détachée, qui semble flotter au-dessus des mélodies. Un style qui évoque parfois une certaine pop 60s, celle des premiers disques de Serge Gainsbourg Françoise Hardy ou de Brigitte Fontaine & Areski, avec ce même goût pour le décalage, l’abstraction et les contours volontairement flous (Chez Martine). Chez Julien Gasc, la chanson française devient aventurière, comme un terrain d’expérimentation où les harmonies sophistiquées côtoient les images les plus inattendues.
Perles, coraux & requins n’est pas un album qui livre immédiatement tous ses secrets. Il demande du temps : comme un grand vin qu’il faut laisser décanter, ses chansons révèlent leur richesse, leurs subtilités et leur pouvoir d’enchantement au fil des écoutes. Et c’est aussi précisément ce qui fait leur valeur.
Dans un paysage musical souvent dominé par l’immédiateté, Julien Gasc continue de suivre son propre cap, loin des modes et des automatismes, et confirme qu’il demeure l’un des auteurs-compositeurs les plus singuliers de sa génération.
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Benoit RICHARD
