« Sculpter l’éternité », de Xavier Coste : l’exigence de la création

Après le très beau 1984 et le plus surprenant Il déserte, Xavier Coste revient avec un album plus personnel, mêlant une réflexion sur la création historique à une évocation de la vie de Rodin.

Sculpter l’éternité - Xavier Coste
© 2026 Coste / Rue de Sèvres

Auguste Rodin a 30 ans et doute de son talent. Son dernier buste a été boudé par les critiques et refusé par la Salon, Rodin souffre. Profondément insatisfait, il cherche sa voie. Rose, sa campagne, le pousse à partir en Italie, sur les traces de Michel-Ange, son seul et véritable maître. Michel-Ange, l’homme qui « libérait la figure du bloc ». Une fois sur place, face à ses marbres, il retrouve la paix et, déjà, une forme d’inspiration. Un dialogue fécond s’engage entre eux.

Sculpter l’éternité - Xavier CosteLa suite doit tout à Xavier Coste qui nous donne, incidemment, sa propre vision de la création artistique. À l’image du jeune Jirō Horikoshi conversant, dans ses rêves, avec le vieux comte Caproni, dans Le Vent se lève d’Hayao Miyazaki, Michel-Ange vient réconforter et stimuler Rodin. Il le rassure : il a l’étoffe d’un grand. Qu’il cesse de le copier, qu’il oublie les critiques et qu’il trouve enfin sa propre voie.

La forme est plus surprenante. Xavier Coste ne doute de rien, ne prétend-il pas représenter sur papier le travail de deux génies de la sculpture ? Alors, comme ses héros, il multiplie les audaces pour mettre des images sur les doutes, les errements ou les fulgurances d’Auguste. Il joue avec ses pages, brise les formes, travaille avec la matière et la lumière, ménage les styles et les couleurs. Brûlant d’un feu intérieur, Rodin cherche le beau et, surtout, sa propre forme de vérité. Il s’envole pour rejoindre, notamment dans les collections du Louvre, les plus grands, sans pour autant éluder sa part d’ombre. Il ne vit plus que pour son art et maltraite ses proches.

Rodin est ce moderne qui révolutionne la sculpture en s’opposant à l’académisme. Plus tard, les savants estimeront qu’il associa romantisme, expressionnisme à une forme d’inachèvement. Pourtant, par son voyage en Italie et ses colloques oniriques avec Michel-Ange, Rodin se révèle assez classique.

Nos artistes contemporains iront plus loin dans les extravagances et les détachements !

Stéphane de Boysson

Sculpter l’éternité : Rodin face à Michel-Ange
Scénario et dessin : Xavier Coste
Éditeur : Rue de Sèvres
208 pages – 26 €
Parution : 15 avril 2026

Sculpter l’éternité — Interview Xavier Coste :

Sculpter l’éternité - Xavier Coste
© 2026 Coste / Rue de Sèvres

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