Erika Kogiku a observé avec curiosité et bienveillance les vieux couples de son entourage. Une question l’habitait : « Si l’un de nous deux devait mourir en premier, lequel voudrais-tu que ce soit ? »

Malade, Mitsuko souhaite préparer, discrètement, son mari au veuvage. Seiichi interprète mal son intention et croit qu’elle envisage une séparation. Bien amené, le quiproquo lance astucieusement l’album. Ce one-shot aborde un sujet rarement traité par la bande dessinée, celui de l’amour au long cours. On devine l’autrice intriguée : qu’est-ce qui leur a permis de tenir aussi longtemps ?

De fait, Seiichi et Mitsuko vivent ensemble depuis plus de 50 ans. Ils n’ont pas vu le temps passer, c’était hier… Aujourd’hui, ils se connaissent parfaitement. Mais, ne seraient-ils pas prisonniers d’une trop conformable routine ? Sont-ils prêts à se réformer ? À se dépasser ? Concrètement, Seiichi est-il encore capable de séduire la vieille dame qui vit à ses côtés ?
Seiichi est inquiet, presque perdu. Il cherche dans leur passé commun des idées, il se remémore leurs premières rencontres, maladroites, leurs meilleurs souvenirs, objectivement tous simples. Un repas partagé, une petite attention, un geste inattendu, la recette ne parait guère complexe. Mélangeant les époques, une succession de courts chapitres nous permet de reconstruire leur histoire commune. Une relation qui se construit sur la durée est ainsi faite de souvenirs et de moments de complicité qui, relus et réinterprétés, raconte toute une vie.
Le dessin d’Erika Kogiku est d’une très grande simplicité. Probablement habituée à dessiner des héros juvéniles, on la sent peu à l’aise avec les expressions de ses octogénaires. Pour autant le résultat est suffisant : ses personnages sont expressifs et le dessin sait se mettre au service du texte.
Afin de rompre la monotonie et de proposer des regards plus jeunes, le scénario intègre la petite-fille du couple et une jeune femme. Toutes deux cherchent à bâtir de premières unions stables. Les vieux amants sont émus et réconfortés par les questions des plus jeunes. Le couple de Seiichi et Mitsuko est daté – il a travaillé, elle l’a souvent attendu. Il est gauche, elle est joyeuse. Il pensait être la tête, elle était souvent le cou. Elle le connaît bien et accepte ses défauts.
Empreinte de douceur et de mélancolie, l’histoire d’Erika Kogiku est originale et résolument optimiste, l’amour au long cours semble possible et la recette pourrait être simple.

Stéphane de Boysson
Si nous pouvions rester ensemble pour toujours
Scénario et dessin : Erika Kogiku
Éditeur : Delcourt Tonkam
Collection Moonlight
160 pages – 8,50 €
Parution : 9 avril 2026
Si nous pouvions rester ensemble pour toujours — Extrait :

