Depuis un certain temps, le post-apo(-calyptique) fascine. Après Manu Larcenet ou Mathieu Bablet, Anne Masse nous propose sa vision, plus apaisée et très personnelle, du monde d’après.

Le pays a été détruit, les survivants s’y font rares. Ce pays pourrait être une France tirée d’un multivers. Deux jeunes gens, très différents, se rencontrent. Après avoir été élevé par un vieil homme qui lui a appris à lire, Pouic vit seul depuis des années. Il a soif d’apprendre et se passionne pour les aventures de Pilou, un avatar infantile de Mickey Mouse. Vlada est la seule survivante d’un groupe qui lui interdisait de lire et d’approcher de tout objet technique. Ses compagnons ont été tués dans un accident. Ils vont apprendre à s’entendre, puis à s’apprécier.
À l’inverse du monde de La Route de Cormac McCarthy, cet univers n’est pas hostile. La terre n’est pas morte et la faune n’a pas disparu. Tels les chasseurs cueilleurs des âges farouches de Rahan, les rescapés se nourrissent de produits industriels, plus ou moins avariés, et de fruits ou de bestiaux tirés d’une nature qu’ils ne connaissent plus. Ils craignent moins l’agression d’un autre clan, qu’une blessure ou une maladie. Car, comme les personnages de Niourk, le roman de Stefan Wul, l’humanité a régressé, les survivants peinent à lire et à s’exprimer.
Associant un trait à la plume et un lavis à une curieuse monochromie jaune solaire, les choix artistiques d’Anne Masse surprendront. Le trait est épuré, les visages aux pupilles blanches sont juste esquissés, mais l’ensemble fonctionne, les expressions et les non-dits font mouche et, dans un monde dévasté, l’humour renait.
Les deux solitaires apprennent non seulement à se supporter, mais aussi découvrent, à leur grande surprise, que la vie est plus agréable à deux. La nature reprend ses droits, l’histoire pourrait ne pas être tragique et l’humanité bénéficierait d’une nouvelle chance. Et, parce qu’il faut bien, pour vivre en nomade se donner un but, ils décident de rejoindre un parc d’attraction à la gloire de Pilou. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises !

Stéphane de Boysson
Asphalte sauvage
Scénario et dessin : Anne Masse
Éditeur : Rue de Sèvres / Label 619
240 pages – 13,90 €
Parution : 15 avril 2026
Asphalte sauvage — Extrait :

