Derrière son déluge de mutilations, de démons et d’hémoglobine, le nouvel Evil Dead mis en scène par Sébastien Vaniček fait de la violence un terrain de jeu autant qu’un exutoire. Entre traumatisme intime et festival gore, le réalisateur français signe un film de studio parfois balisé, mais porté par une mise en scène d’une redoutable efficacité.

La France brille outre-Atlantique, et pas uniquement sur les terrains de foot : après son très remarqué premier Vermines, Sébastien Vaniček débarque à Hollywood, accompagné de son coscénariste Florent Bernard qui prend visiblement plaisir à approfondir des registres bien différents de la comédie dans laquelle il s’illustre généralement. Les voici propulsés dans la saga Evil Dead, devenue une sorte de franchise anthologique depuis la fin de la trilogie séminale et atypique du trublion Sam Raimi. De l’esprit foutraque (et fauché) des premiers opus, on ne gardera pas vraiment l’humour et l’absurde hypertrophié, en privilégiant, au sein d’un cadre normé (maison isolée, livre d’incantations, invitations de démons increvables) un festival de morts violentes.
C’est là qu’on appréciera le plus le genre, en ce qu’il est toujours un laboratoire à idée et un exercice de style, dans lequel Vaniček a un sacré talent à revendre. S’il n’évite pas quelques facilités (la longueur appuyée sur des personnages immobiles juste avant le coup fatal, des raccords à l’humour noir un peu systématiques type chair explosée/brochettes sur la table), le cinéaste prend à bras le corps le concept et s’y éclate en éclatant tout. Le jeu sadique consiste à malicieusement disposer l’éventail des objets (hameçon, couverts, tire-bouchon, stylo à plume, taille-haie, et j’en passe) avant de leur donner de nouvelles fonctions bouchères fonctionne à plein régime, le tout dans une direction artistique particulièrement réaliste. Les unités de lieu (le lac, l’habitacle d’une voiture, et surtout la maison décatie) sont exploitées avec une grande intelligence, et Vaniček y déploie une mise en scène énergique, un montage vif et des parcours dynamiques particulièrement élaborés. Toujours prêt à expérimenter (sur la verticalité, la caméra retournée, voire à l’envers), mais sans jamais perdre de vue l’action au service duquel se dirige l’image. À ce titre, les morceaux de bravoure dans l’étroitesse de la voiture et le plan-séquence dans le living room où toute l’action brutale se joue en arrière-plan resteront dans les mémoires.
L’inventivité constante irrigue donc la violence la plus gore d’un élan qui la transforme en une sorte de fête barbare où le plaisir l’emporte largement sur le sadisme malaisant. Une sorte de contrepoint euphorique au sujet de départ, qui suit une jeune veuve enterrant son mari toxique en présence de sa belle-famille, dans une violence bien plus insidieuse et destructrice lorsqu’elle est maîtrisée par le langage, les non-dits et se distille sur une torture au long cours. Si la symbolique n’est pas toujours très subtile et le recours aux flash-backs dispensables (on imagine aisément le studio imposer ce type de lourdeurs surexplicatives aux frenchies), ces thématiques sont intériorisées par Souheila Yacoub, parfaite « final girl », d’une présence physique impressionnante dans un film qui fait la part belle aux effets pratiques, malgré un final dans une surenchère numérique dont on se serait volontiers passé.
L’épreuve est donc remportée haut la main par Vaniček, dont on ne peut que souhaiter le retour au bercail pour redorer le genre national, qui en a bien besoin.
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Sergent Pepper
