Le groupe australien Floodlights, sur lequel nous fondons beaucoup d’espoirs, était de retour à Paris, quelques jours après la fin du dernier épisode caniculaire. L’occasion pour nos corps encore essorés de nous régénérer au contact de ce rock incendiaire et salvateur.

Rétrospectivement, cette soirée au Hasard Ludique, dans le dix-septième arrondissement de Paris, fut un peu l’inverse du match de football France – Paraguay, aussi bien sur scène que pour les spectateurs. Des torrents d’amour, de bonnes vibrations, dans un lieu sympa, un climat enfin redevenu clément, à une heure décente. De quoi repartir avec la banane dans les rues de Paname, alors que… les Bleus s’apprêtaient à éliminer la Suède, dans un vrai match de football.
Alors voilà, Coupe du monde oblige, une fois que nous avons cédé nous aussi à l’analogie footballistique, que dire de plus sur ce concert du groupe australien Floodlights, sur lequel nous avons reporté beaucoup d’espoirs, à Benzine, depuis la sortie de son troisième album, Underneath, l’an passé ? D’abord, que c’était un moment rare à tous points de vue, comme pour tout passage de groupe des antipodes sous nos latitudes. Et qu’il fallait donc en profiter. Floodlights avait certes déjà joué il y a un an dans la petite salle du Pop-Up (une centaine de places), mais ce n’est pas tous les semestres que l’on peut les voir, au contraire de certains groupes britanniques. Son passage s’inscrivait cette fois-ci dans une courte série de dates européennes, avec deux autres dates dans l’hexagone, curieusement alpines, à Grenoble et dans le cadre du festival Musiques en Stock, sur la route entre Paris et la Suisse. Ce soir, le groupe était légèrement upgradé au Hasard Ludique, l’ancienne gare de ceinture, reconvertie en « lieu » de culture, de commerce et de restauration (plutôt bio, veggie et vegan), particulièrement agréable en cette belle soirée estivale. Certes, le service y est toujours aussi lent, voire déficient, car sous-staffé pour ces heures de pointe d’avant-concert, mais cela nous a permis d’assister à une escarmouche inattendue avec une spectatrice quémandant trop longtemps un verre d’eau. Quand on ne paye pas, on est en général pas trop prioritaire, et le bon petit manuel libéral s’applique visiblement ici aussi, dans ce lieu quasi tiers, mais pas trop non plus !
Rien à dire en revanche sur la salle de concert, qui propose toujours des conditions idéales, avec sa contenance d’un peu moins de deux cents places, sa configuration en longueur, qui permet d’être toujours près de la scène, avec un très bon son. Seul inconvénient : il faut éviter de s’assoupir au dernier rang, on risquerait de s’effondrer assez vite sur la console de l’ingé son. Pas de risque ce soir car Floodlights est venu armé de son rock aux accents lyriques, canal historique REM / Echo & The Bunnymen, voire les Manics sous certains aspects, ou même Arcade Fire / The National pour prendre des références plus récentes. Un rock emballant, ménageant d’intenses poussées de fièvre, drapées dans ses arrangements racés… et avec une signature bien à lui. Celle-ci réside d’abord dans la voix de son leader, Louis Parsons, légèrement nasillarde, capable d’épouser différentes tonalités et de s’envoler quand il le faut. Et aussi dans cette capacité à proposer de l’inattendu dans les mélodies — c’est un peu un cliché, mais c’est une qualité propre à beaucoup de groupes australiens.

L’introductive Small Time Pub, une ancienne chanson de leur premier album Backyard, courte et dense, confirme que l’on ne saura pas trop sur quel pied danser. Autour de son chanteur et guitariste Louis Parsons, officient Ashlee Kehoe (guitare, chant et harmonica), Sarah Hellyer (claviers, trompette et chant), Joe Draffen (basse) et Archie Shannon (batterie). La cohésion des musiciens est impressionnante, et va monter en puissance au long du set, et des morceaux phares du dernier album : Can You Feel It, JOY (porté par l’harmonica), The Light Won’t Shine Forever, Buoyant. Et surtout Horses Will Run, sans doute le meilleur morceau de l’album, clou du spectacle ici en milieu de set, dans une version à rallonge, lors de laquelle le chanteur s’ébroue dans la fosse pour scander les paroles face aux spectateurs. La surprise finalement de cette heure de concert, menée tambour battant, est que le quintet de Melbourne ne s’est pas contenté de décliner son dernier album sur scène : en plus de ces cinq extraits, la setlist réservait une place équivalent aux deux premiers disques (cinq extraits également), avec une mention spéciale pour Lessons Learnt et Painting of My Time, de l’album du même nom, clôturant le set en beauté. Le groupe complétant cette sélection par quatre morceaux non publiés sur des LPs, parmi lesquels nous avons particulièrement apprécié Roll My One, midtempo magnifié par la trompette et les harmonies de chœurs féminins. Que dire enfin du magnifique rappel unique, pas prévu sur la setlist du groupe, visiblement content d’être là et de prolonger l’effort suite au bel accueil reçu ? Une autre chanson ancienne emblématique de leur répertoire, Nullarbor, de leur premier album Backyard, histoire de boucler la boucle de ce beau concert, tutoyant les 100 décibels dans ses derniers instants, sans forcer.

Alors, bien sûr, tout ne fut pas parfait, mais les réserves que nous pourrons avoir sont minces : on pourra à peine regretter deux chansons un peu anecdotiques à notre goût (Things You Do, You & Me), et, sur le plan commercial, un stand de merchandising trop limité (suite au succès de la tournée ?). Et, sans doute, des interactions trop limitées avec le public, à part pour déplorer gentiment la fatigue liée aux jours de canicule, annoncer bizarrement qu’il reste encore trois chansons, ou demander s’il y a des spectateurs australiens dans la salle. Mais tout ceci fut bien vite balayé par la joie communicative du collectif, sa cohésion et sa force collective tout simplement.
Longue vie et force à Floodlights : malgré la canicule et les obstacles très divers, malgré la concurrence féroce, et les probabilités très élevées d’une durée de vie limitée à des hauteurs économiquement viables, on leur souhaite d’aller le plus loin possible dans la compétition !
Floodlights : ![]()
Jérôme Barbarossa
Photos : Gilles Barbeaux (merci à lui !)
Floodlights au Hasard Ludique (Paris)
Production : Super !
Date : le 30 juin 2026
Leur dernier album :
Floodlights – Underneath
Label : PIAS
Date de parution : 21 mars 2025
