Jennifer Haigh a écrit un roman très singulier qui aborde la famille et les liens qui peuvent unir deux sœurs que tout éloigne. Nos lunes jumelles raconte comment d’un bout à l’autre du monde, d’une décennie à une autre, malgré la séparation, les choix de l’aînée influenceront ceux de la sœur cadette.

Lindsey Litvak, jeune Américaine d’une vingtaine d’années, vit à Shanghai. Au petit matin, dans une rue désertée du quartier d’affaires, un chauffard la renverse et prend la fuite. Inconsciente, elle est ame née à l’hôpital. Ses parents divorcés sont prévenus. Ils prennent immédiatement l’avion pour retrouver leur fille aînée. Pendant ce temps, Grace, leur fille de onze ans qu’ils ont adoptée en Chine quand elle était encore bébé, reste dans un camp d’été pour gosses de riches dans le Maine.
Si l’intrigue de départ peut sembler simpliste, les personnages gagnent en épaisseur au fur et à mesure que le récit avance. Jennifer Haigh s’est emparée d’une croyance populaire chinoise du fil rouge pour raconter comment le lien qui unit deux personnes ne rompt jamais. Dans Nos lunes jumelles, il ne s’agit pas du lien qui unit un couple, mais deux sœurs qui se sont trouvées le jour de l’adoption. Une connexion s’est tout de suite faite et n’a jamais rompu. Jennifer Haigh distille tout au long de son récit cette idée que les liens du sang ne sont pas toujours les plus intenses et les plus importants.
Grace est une adolescente américaine bien dans ses baskets. Elle aime ses parents et sa sœur aînée Lindsey. C’est d’ailleurs avec cette dernière qu’elle est la plus proche depuis le divorce. Bien que Lindsey soit à des milliers de kilomètres, elles communiquent quotidiennement sur les réseaux. Lindsey est partie vivre en Chine, le pays de naissance de Grace. Alors que Grace a toujours refusé de s’approprier la culture chinoise, Lindsey a appris la langue avec facilité.
Quand Claire et Aaron débarquent à Shanghai, une multitude de zones d’ombre apparaissent. Ils croyaient leur fille à Pekin, elle vit à Shanghai. Ils la pensaient professeur d’anglais chichement rémunérée, ils découvrent qu’elle logeait dans un appartement d’un quartier chic, avec une garde-robe loin de ses classiques jeans-baskets.
En plus du choc de voir leur fille plongée dans le coma, ils se heurtent à la difficulté de se retrouver après une séparation douloureuse. Tout est alors remis en question : la raison profonde de leur séparation et celle qui a conduit Lindsey à leur cacher sa vie.
Peu à peu, Jennifer Haigh dévoile des pans de la vie de Lindsey, qui peuvent nous paraître sordides. Et finalement, le fil conducteur du roman ne sera pas Lindsey, mais Grace. Des années après l’accident, nous la retrouvons adulte. Elle s’approprie doucement son héritage chinois qui la ramènera sur sa terre natale. Et c’est grâce à ce fil rouge qu’elle renouera avec Lindsey…
Nos lunes jumelles trace plusieurs chemins qui peuvent parfois sembler difficiles à suivre. « Nous vivons à l’intersection de la causalité et du hasard ». Cette phrase pourrait résumer l’intention de Jennifer Haigh sur le destin qu’elle choisit pour ses personnages. Grace est la plus intéressante, son intériorité et la recherche de son identité lui donnent de l’épaisseur.
Ce roman assez singulier et émouvant, qui navigue entre la Chine et les Etats-Unis et qui oppose deux cultures, est une belle façon de découvrir l’univers de Jennifer Haigh.
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Caroline Martin
