Alex Amen – Sun of Amen : la profession de foi d’un futur grand

Apparu comme un ovni, le premier album du jeune Alex Amen remet au goût du jour une pop folk orchestrée qui nous vient en droite ligne des années 70. Ce qui semble être, à première vue, un exercice de style très réussi s’affirme sur la durée comme la révélation d’un auteur-compositeur qui pourrait bien s’avérer majeur rapidement.

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Photo : Magnolia Ellenburg

ATO Records n’est a priori pas le genre de label à signer beaucoup de débutants, et a à son catalogue des géants comme Drive-By Truckers ou My Morning Jacket. La sortie de ce premier album d’Alex Amen, avec cette somptueuse pochette d’une beauté pastorale (on pense même à la photographie des Moissons du ciel de Terrence Malick), intrigue et vaut donc la peine que l’on s’y penche.

Sun of AmenAlex Amen est texan et est parti en Californie lorsqu’il avait 18 ans pour étudier le cinéma, avant de créer un groupe en 2017, de s’intéresser à la poésie ou de construire des bateaux en bois. Après un premier EP autoproduit en 2025, il sort son premier album, enregistré à Los Angeles sur du matériel analogique, et produit par Johnny Bell (Cage the Elephant), bénéficiant de l’aide de quelques talents comme Tommy de Bourbon, qui a joué avec Lana Del Rey.

Dès les premières notes du single Diamonds, nous nous retrouvons 50 ans en arrière, à l’époque du Everybody’s Talkin’ de Fred Neil dans sa version Harry Nilsson, du fantastique Follow Me de John Denver, auquel nous pensons beaucoup également et à raison, puisque son Greatest Hits était la bande-son des trajets en voiture du jeune Alex avec ses parents. Montagnes, rivières, océans, souvenirs d’un amour : ce premier morceau, tout en retenue, nous émeut. Cabin By The Sea est également une sorte de rêverie folk, légèrement country grâce à une pedal steel discrète. Please Don’t Tell Me You Love Me a tout d’un classique country, et on se pince avant d’être sûr que ce n’est pas une reprise. Dans Peaches, comme si le côté référentiel de l’album n’était pas assez évident, nous sommes toujours dans la bande-son d’un film du Nouvel Hollywood. Le fruit devient ici l’écho sensible d’un été disparu, avec une voix d’Amen mise en avant. Contemplative et acoustique, Her Spirit Wanders est également très réussie, mais, à ce stade, on peut se demander si Alex Amen ne va pas trop rester dans un mood pastiche.

Memories of You marque de fait une rupture de ton, provoquée par le somptueux piano d’ouverture. Cette ballade convoque l’esprit du jeune Billy Joel de Streetlife Serenade ou de Randy Newman. Les violons s’élèvent, prolongent les thèmes de Peaches vers une mélancolie plus profonde : « Every day it’s the same thing / I’m always feeling blue / Thinking back on yesterday / And those memories of you » (Tous les jours, c’est la même chose / je me sens toujours triste / en repensant à hier / et à ces souvenirs de toi). Magnifique chanson sur l’absence et le vide qu’elle provoque, Memories of You a un caractère introspectif, là où la première partie de l’album s’ouvrait sur les grands espaces américains.

On aimerait bien le rencontrer, Alex, pour mieux comprendre son parcours, tant il est intriguant d’entendre une telle maturité affective à cet âge.

Il revient en tout cas à plus de soleil avec une nouvelle version de California Blues, nettement plus luxuriante que celle qui ouvrait son EP. Il a manifestement compris que cette chanson, écrite à 14 ans, pouvait recevoir un accueil très favorable et lui donne ici toutes ses chances. Il a raison : c’est lumineux. Changes voit apparaître l’utilisation d’une flûte, tandis qu’April, très épurée, repose sur un arrangement minimaliste et constitue le moment le plus folk du disque. Enfin, que dire de Lonely People, sinon que c’est la perle du disque ? Comme pour Memories of You, tout commence avec le piano, bientôt rejoint par les cordes, sur une mélodie du niveau des meilleurs titres d’Elton John. Ce qui distingue surtout Lonely People, c’est cette guitare électrique à la George Harrison, que nous n’avions pas entendue précédemment et qui entraîne la chanson vers des sommets où elle côtoie sans peine Josh Tillman, si l’on se réfère uniquement à des contemporains. Montée en puissance, cordes, univers cinématographique marqué : Lonely People apparaît comme le morceau qui pourrait lui permettre d’envisager un grand succès d’estime.

Un second disque est à priori dans les tuyaux pour la rentrée et nous allons l’attendre de pied ferme. D’ici là, une partie de la bande son de l’été est trouvée.

Laurent Fegly

Alex Amen – Sun of Amen
Label : ATO Records
Date de sortie : 12 juin 2026

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