Dix ans après le carton de Sound & Color puis l’envolée solo de Brittany Howard, Alabama Shakes sort de sa pause prolongée et revient en trio avec I Must Be Dreaming. Comme s’ils n’étaient jamais partis, pour notre plus grand bonheur.

Il s’en est passé des choses dans ce hiatus de dix ans d’Alabama Shakes. Des prévisibles, des joyeuses et des moins glorieuses. Commençons par le dernier point et expédions rapidement la disgrâce de Steve Johnson, rattrapé par la justice et chassé du band pour des affaires de violences domestiques infâmes. Bon débarras. Du côté positif, comment ne pas évoquer le cas Brittany Howard, cause et effet de cette longue pause. Car oui, dès les deux premiers albums du groupe et avec le carton de Sound & Color (plus d’un million de ventes aux US) une question brûlait les lèvres de tout un chacun : à quand les aventures solos d’une leadeuse si époustouflante et charismatique ? Fort logiquement, la voici partie avec son baluchon duquel elle publiera deux très bons disques, Jaime puis What Now plus récemment, en 2024. Avant de retrouver les copains, d’abord sur des sessions live, puis en annonçant un retour en studio, à trois désormais.
Le risque avec une si longue absence est connu de tous, d’autres avant ont été les malheureuses victimes du coup classique : perdre la fraicheur du nectar et ne plus être dans le coup. D’autant plus dans cette époque de l’instantanéité musicale où le disque d’une semaine est aux oubliettes deux mois plus tard. Mais là dessus nos amis de l’Alabama ont un avantage majeur, celui de s’appuyer sur une musique aux consonances vintage qui ne demande donc pas des trésors d’inventivité. Le talent suffira et le band n’en manque clairement pas.
Si l’ouverture Tea Time dégage une vibe un peu hip-hop dans ses drums, on retrouve la recette magique aux premières notes de Brittany. Ce savant mélange entre soul, blues et rock qu’Alabama Shakes décline à l’envi sur les onze morceaux composant I Must Be Dreaming. Le second morceau, Another Life, qui a aussi servi de single, est une sorte de synthèse des monde venu rassurer sur les intentions et les capacités du groupe.
La suite est un plan sans accroc : des ballades bluesy avec Garden ou I Feel Hope Coming, vernis soul sur Time avant de partir vers des contrées plus électriques sur la seconde partie de l’album comme Friends et How Love’s Supposed To Go. Et puis on termine avec un excellent triptyque de titres « mix » Waist Deep, American Dream et Tied To You. Le tout pensé pour faire briller une Brittany Howard impeccable de bout en bout, d’une maitrise d’interprétation bluffante.
Certaines langues un peu piquantes parleront de fan service, d’autres y verront une forme de pragmatisme. Ce retour aurait-il de l’intérêt si ce n’était pas pour retrouver ce qui a fait leur succès ? Les carrières solos ont justement permis des ouvertures artistiques, d’autres directions musicales pour se satisfaire ici de cette nouvelle salve de titres joliment empaquetés qui permet à Alabama Shakes de se rappeler à notre très bon souvenir. Et vu la qualité de l’offre, on peut dire que le contrat est rempli. Il y aura – peut-être – le temps d’être plus exigeant plus tard si suite il y a mais savourons l’instant présent.
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Alexandre De Freitas
