Antoine Philias reprend son personnage d’Elliot qu’il avait développé dans « Plexiglas » (2023) et que l’on retrouve dans « Bungalow » le temps d’un été. Cette fois-ci direction la Vendée, la vie d’un camping et une saison d’été pendant laquelle le lecteur s’apprête à accompagner des saisonniers.

Elliot s’apprête à bosser dans le coin en tant que buraliste saisonnier et c’est l’occasion pour l’auteur de décrire tout un environnement qui va graviter autour de ce trentenaire un peu paumé et un peu en galère, avec le regard sociologique qu’on lui connait. Elliot va tisser des relations, faire des rencontres, tenter de bosser dans un contexte où son entourage n’est pas tout à fait du même bord politique que lui (tout comme pas mal de monde dans le coin). Les enjeux autour du monde du travail ou de la condition prolétaire ne sont jamais loin et lorsqu’Elliot rencontre Sasha, ce dernier est aussi un saisonnier qui surnage en tant que serveur. Un autre métier répandu le long de la côte, mais sous-payé une fois encore.

Le quotidien de ce coin touristique est très bien amené par l’auteur et on retrouve avec beaucoup de plaisir toute la singularité de son travail d’écriture. Il décrit les petites habitudes des uns, les compromissions des autres. Les observations sonnent justes sans jamais prendre le pas sur la fiction. L’auteur laisse ses personnages expérimenter, éprouver des sentiments et les dialogues fonctionnent très bien.
Les livres de l’auteur sont traversés par de nombreux thèmes à commencer par le contexte politique du moment. Ici nous sommes en 2024 et l’été voit plusieurs évènements se télescoper. Des Jeux olympiques de Paris à la défaite de l’équipe de France de football en finale de l’Euro, en passant par la tentative d’assassinat de Trump et des élections législatives surprises, il y a de quoi faire. Antoine Philias décrit des trajectoires individuelles dans ce contexte, avec des personnages souvent précaires ou marginalisés. Et il prend le temps de développer les décalages qui se créent entre les statuts, comme avec les différentes familles côtoyées au camping par exemple et les saisonniers de l’autre côté.
Bungalow est plein d’humour noir et montre parfaitement comment la marche du monde est à la peine ces dernières années. Le camping est un lieu qui fonctionne pour prendre le pouls d’une France plutôt conservatrice et réac. L’auteur ne tombe pas dans le cliché ni dans les stéréotypes et parvient à restituer tout en nuances le fonctionnement de ces couples, de ces familles ou de ces locaux que les saisonniers croisent.
On se laisse embarquer par le trait d’Antoine Philias qui croque ses personnages en quelques lignes avec un ton bien à lui et sans tirer à boulets rouges, notamment lorsqu’il est question des vacanciers qui ont trimé toute l’année pour cette bulle d’air en vacances au bord de la mer. L’auteur est plus attaché à la réalité sociologique du coin avec toutes les nuances qu’elle sous-tend.
On discerne des luttes intimes et des envies d’ailleurs derrière les quotidiens de Sacha, d’Elliot, de Romane ou d’Alba. Et c’est aussi là que l’auteur touche dans le mille en restituant les aspirations ou les désillusions de ces jeunes (qui n’en sont bientôt plus pour certains). Bungalow est le roman d’un été vendéen (et d’un camping) du point de vue des saisonniers et ce changement de focale fonctionne, d’autant plus lorsque c’est Antoine Philias aux manettes qui dépeint tout ce petit monde.
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Sébastien Paley
