Interpol – This Mirror Weighs A Ton : le poids conséquent mais jamais trop lourd d’Interpol

Après avoir passé cet été sous une chape de chaleur étouffante, une plongée dans le rock sombre et glacé des new-yorkais d’Interpol s’impose. Fidèles de nos platines depuis maintenant vingt-quatre années, Interpol aborde son quart de siècle avec sérénité en signant un huitième album studio fidèle à son univers mais également tourné vers le futur.

Crédit : Elliot Lee Hazel

C’est dorénavant toute une génération qui a fait ses armes grâce à la très belle discographie d’Interpol depuis 2002 et leur debut album Turn On The Bright Lights, le groupe alors porte drapeau d’une scène new-yorkaise en train de se redéfinir, portée par le retour des guitares lourdes et intenses, tout en mettant en valeur une note garage d’une élégance folle. Leurs voisins de quartier The Strokes ayant peu ou prou lâché l’affaire rapidement, Interpol ont continué de mener leur barque, et même si une certaine linéarité est ressortie petit à petit dans leur longue discothèque, ces derniers peuvent se vanter d’avoir réussi à bâtir un style reconnaissable entre mille et d’être cités comme référence pour beaucoup de groupes ayant émergé depuis.

Paul Banks, Daniel Kessler et Sam Fogarino ont très récemment reconnus leurs camarades Brandon Curtis et Brad Truax, musiciens de tournée depuis de nombreuses années, comme membre officiels du groupe. Dans le registre des producteurs choisis pour la nouvelle collaboration, le groupe continue de s’associer à de très grands noms. Cette fois-ci c’est Andrew Wyatt, notamment responsable du son des plus grandes superpop stars du moment telles Rosalía ou Charli XCX, d’offrir ses talents aux manettes. Le résultat est douze morceaux qui sans réinventer le style Interpol apportent une nouvelle pierre à l’édifice majestueux du groupe.

Cette patine si caractéristique est évidement de nouveau présente : les guitares qui résonnent de façon organique, la ligne de basse toujours aussi vibrante, la batterie à la cadence entêtante … Dans cette ambiance tendue résonne la voix de Paul Banks, dont on se dit qu’elle n’est jamais poussée à son maximum, son timbre modérément puissant suffit à porter une nouvelle salve de titres tantôt mélancoliques, tantôt aguichants. Il y a toujours chez Interpol cette double lecture : dans cette atmosphère chic et raffinée se dissimulent des tensions et du dramatique. Cela est mis en exergue par les contrastes entre envolées synthétiques tout en écho et les riffs aiguisés de la guitare de Daniel Kessler, ce dernier que l’on retrouve une fois n’est pas coutume partageant le chant dans See Out Loud, un duo de voix qui offre un nouvel équilibre au répertoire d’Interpol, dominé par le timbre imposant de Paul.

Un album d’Interpol est bien souvent à déguster sans interruption et dans l’ordre des titres proposés, c’est ainsi que l’on arrive à capter l’essence même du disque. Mais comme à l’accoutumé avec les Américains, on oscille toujours entre gravité et moments plus légers, ce qui ne change pas étant l’extrême élégance apportée au tout. Il en résulte la difficulté d’extraire un titre en particulier par rapport à tous les autres, la touche Interpol étant aussi prestigieuse qu’handicapante, la sensation de répétition à l’écoute de leurs disques se faisant toujours un peu ressentir. Pour autant, nous réussissons à mettre en avant dans ce tracklisting le single éponyme This Mirror Weighs A Ton, qui avec son introduction onirique et son rythme langoureux brise immédiatement la glace. Iron City et ses accents presque cold wave nous fait prendre le chaud et le froid alors que Wake Up, avec son riff distinctif qui se répète sur tout le morceau, renoue avec le son des premiers albums, des angles plus saillants et ce chant tout en écho qui réussi toujours après plus de vingt ans d’écoute à nous faire tomber sous son charme.

Interpol n’ont définitivement plus rien à prouver en 2026, et à la question « Peut-on de nouveau tomber amoureux d’Interpol » que nous nous posions lors de la chronique du précédent disque The Other Side Of Make-Believe, nous pouvons résolument répondre « oui », This Mirror Weighs A Ton étant un excellent panaché de tout ce que sait parfaitement faire le groupe, la production très pointue d’Andrew Wyatt permettant d’insuffler ce qu’il faut de fraicheur à leur style devenu pourtant un modèle qu’on pensait imperturbable. Il sera alors possible de tester ce nouveau millésime au festival Rock en Seine à St Cloud le dimanche 30 août et lors de la double affiche partagée avec Bloc Party au Zénith de Paris le 16 novembre prochain.

Laetitia Mavrel

Interpol – This Mirror Weighs A Ton
Label : Partisan Records
Sortie : 28 août 2026

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