Ante Tomić dynamite les grands récits héroïques avec un sens consommé de l’absurde. Entre Kaamelott, Cervantès et Rabelais, cette épopée croate transforme la guerre, la religion et les mythes nationaux en une farce aussi truculente que lucide.

Vous avez vu cet été Troie fois l‘Odyssée de Christopher Nolan, dont deux pour la clim, vous avez fait religion des mythes fondateurs et relu Homère Simpson. Bon, désolé de casser l’ambiance épopée, batailles protéinées avec armures en taille slim, mais les héros légendaires s’appuient davantage sur des réputations forgées par des troubadours ou leurs agents que sur exploits tamponnés par l’histoire.
Au début du XVIIIe siècle, le prince Marko, dernier d’une lignée de héros élus à l’issue d’un tournoi digne de la Star Ac ou de l’Eurovision, ten point, est engagé par les Vénitiens pour chasser l’Ottoman de la forteresse d’Imotski. le CV s’avère un peu mensonger car Marko, prince serbe, préfère le luth à la lutte et son gourdin est réservé à un usage privé. Entre un cheval qui se désaltère à la bibine, des habitants qui retournent leurs guenilles à défaut de vestes au gré des invasions et un bordel itinérant qui s’adapte au marché, cette aventure truculente écorne une page fondatrice de l’histoire de la Croatie.
Après Miracle à la combe des aspics et Les enfants de Sainte Marguerite (oubliez Qu’est-ce qu’un homme sans moustache, beaucoup moins convainquant selon un avis autorisé par moi-même), Ante Tomic offre une version parodique très réussie d’un récit légendaire, dopée de situations absurdes, d’anachronismes irrésistibles et de personnages plus rusés que courageux.
Derrière son humour de situation à la Cervantès qui batifole aussi avec Rabelais, l’auteur, qui a ses têtes de Turcs en plus, camoufle un conte philosophique. Il relativise les grandes envolées sur la liberté face au besoin de sécurité et la nécessité de remplir les assiettes. Comme il est aussi question de religion, avec des habitants dont la foi est aussi convertible qu’un canapé dans une chambre d’étudiant, chacun doit choisir son camp du moment. du pain béni ou perdu pour un franciscain infiltré, Fra Lovro, espion à double foyer.
Turcs ou vénitiens, pour beaucoup d’habitants du coin qui gondolent, il s’agit de passer d’un asservissement à un autre. Match nul.
Ante Tomic fait les bordures des batailles, s’intéresse davantage aux fatalistes qui subissent les guerres qu’à ceux qui les provoquent, aux anti-héros débrouillards de basse extraction qui cherchent à survivre.
Quand Croatie rime avec ironie.
Kaamelott version croate.
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Olivier de Bouty
