De la Bretagne de l’enfance aux collines d’Assise, Sébastien Lapaque compose un roman qui évoque les souvenirs, la nature et la quête intérieure. Sous le patronage de Saint François, il explore les liens entre l’homme, le vivant et le sacré, avec une douceur contemplative.

Si Bernanos est le sherpa littéraire de Sébastien Lapaque, Saint François d’Assise, alias « le Poverello », le petit pauvre en italien, est son guide spirituel.
Le Saint Patron des animaux, de l’Italie, des écologistes et des hémorroïdes a déjà inspiré plusieurs ouvrages à l’auteur : Les larmes de François d’Assise, Sermon de Saint-François d’Assise aux oiseaux et aux fusées. À quand Saint François se lève enfin ou Saint-François marche à l’Ombrie ?
Le rappel des oiseaux est une sorte de réponse de la nature au tableau de Giotto, BD de l’époque. Pour ceux qui le connaissent, on y voit Saint François parler à des piafs en les invitant à louer Dieu pour les bienfaits qu’ils reçoivent : leur liberté, leur nourriture, leur quotidien de drone et leur capacité à voyager gratos, comme un cheminot. Il manque les miettes de pain, habilement masquées par le peintre pour la pose, et vous avez le petit vieux sur son banc qui nourrit ces saletés de pigeons au milieu d’un parc, malgré l’interdiction. Mécréant, je suis peut-être passé à côté du message d’amour universel, de fraternité entre les espèces ou d’humilité.
Le récit de Sébastien Lapaque est beaucoup plus poétique et méditatif que mon échauffement blasphématoire.
Le roman raconte le parcours de Noé, depuis son enfance bretonne, dans les années 1970, jusqu’à Assise, en Italie, une trentaine d’années plus tard.
Chaque période de vacances est une échappée belle pour le jeune garçon vers l’affection de sa grand-mère et la complicité de ses cousins. Noé grandit au contact d’une nature vivante, dont il apprend peu à peu à percevoir les signes. Il ne fait pas de retraite ridicule en polaire qui bouloche et cheveux sales en faisant des câlins aux arbres mais il reconnait et imite les trilles de tous les oiseaux de passage. Dans son arche de vacances, un cheval, un chien, un corbeau et … une fille. Les mouettes, c’est sympa, cinq minutes. Elle s’appelle Azou, et sera le grand amour de sa vie.
Alors que son milieu familial semble le destiner à suivre une voie professionnelle toute tracée dans l’agroalimentaire, Noé change de cap et devient chercheur. Chasseur d’arcs-en-ciel, comme d’autres filochent les tornades, et moi les flans pâtissiers, il se consacre à l’étude des phénomènes lumineux. le jour, la science devient pour lui une manière de comprendre le monde. La nuit, ses visions nocturnes de la vie de Saint-François le transportent vers une certaine forme de paix intérieure et d’acceptation d’une blessure amoureuse à cœur ouvert. Un deuil impossible.
Sébastien Lapaque réconcilie ici la science et la foi, le matériel et le spirituel, l’ornithologie et la chasse à la galinette. J’ai trouvé cette lecture aussi reposante que stimulante.
Empreint d’une grande nostalgie, celle du temps long de l’enfance, de l’ennui précieux, ce roman aussi contemplatif que spirituel parlera à tous ceux qui ont grandi auprès de papis des près et de mamies des champs.
Ce texte, très bien écrit, vaut autant pour son plumage que pour son ramage. Fiez-vous à l’emballage de ces pages presque trop sages. Un oiseau dans sa cage, un Bernanos sans rage.
La couverture du roman, peut-être la plus belle de cette rentrée littéraire est l’œuvre d’Augustin Frison-Roche, peintre moderne du sacré. Jetez un coup d’œil à son compte Instagram ou sur son ouvrage « Epiphanies », que j’avais billeté.
Ce récit ne m’a pas donné la foi, guéri mon allergie aux prédicateurs, ne m’a pas rendu plus compréhensif face aux nuées d’étourneaux ou de choucas qui mitraillent mon quartier, je suis resté insensible aux « Deux légendes », l’oeuvre pour piano de Liszt tirée de l’épisode mais la compagnie du pépère des Franciscains dépouille de l’inutile. Une lecture qui ressemble à une balade dominicale à la campagne. Post poulet rôti.
C’est rassurant un religieux qui ne sort pas le petit oiseau.
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Olivier de Bouty
