The Dark Knight, Le Chevalier Noir

aff film_10.jpgQui aurait pu parier un seul instant que ce nouvel opus de Batman serait le meilleur film de super-héros jamais réalisé ? Et par ailleurs, l’un des chefs-d’oeuvre de 2008 ? Car oui, ce nouveau métrage en est un. Rare, et d’autant plus surprenant que le cinéma hollywoodien ne nous habitue plus à  attendre si bien de ses studios. Après un Batman Begins grotesque, Christopher Nolan reprend la caméra et efface toutes les lacunes précédentes. Ici, le blockbuster bourrin laisse place à  des interrogations philosophiques d’une grande finesse. Chevalier de l’ombre, Batman ne devient qu’un homme meurtri, torturé, effacé aussi, et dont la présence n’intervient environ qu’une scène sur trois. Bien loin du mythe (même le titre, The Dark Knight, se défait de l’accroche nominative), ce film emprunte un chemin novateur et audacieux ; l’avalanche de personnages profonds et importants rendent une copie plus proche du film choral que d’un énième (et efficace) film de super-héros.

L’ampleur sans précédent de la mise en scène (que ce soit dans l’impressionnante scène d’ouverture ou dans les scènes d’action pure), l’équilibre du script et l’harmonie qui opère entre tous les éléments (musique, personnages, acteurs, photographie, direction, montage, tout se fond en une unité d’excellence), sans oublier la puissance phénoménale, drolissime et repoussante de Heath Ledger dans la peau d’un Joker surjoué jusqu’à  l’os, contribuent aux améliorations directes entre Batman Begins et The Dark Knight. Le Joker, justement, est au centre du film, représentant à  la fois l’immoralité et la domination totale d’une Amérique tentaculaire, rongée par le plaisir du vice. Les démangeaisons, tics et autres pulsions qui viennent transpercer la gestuelle mimée du personnage sont à  classer dans le tour de force d’une interprétation viscérale et monstrueuse du regretté Heath Ledger (qui trouve ici, et de loin, son meilleur rôle). Le charme dégoûtant, la puanteur et la méchanceté séduisante du Joker suffisent à  le rendre fort, pénétrant l’écran d’un maquillage dégoulinant de toutes parts (preuve que là  encore, c’est bien un homme qui se cache derrière l’apparence). En fait, The Dark Knight n’est pas un film de super-héros avec des super-pouvoirs ; tous les personnages du Bien sont plus faibles les uns que les autres (pour ne pas dire que la police est souvent plus efficace que le Batman lui-même), piègés sous le sadisme incontrôlable du super-méchant Joker, un mec taré qui se donne des airs mais pour lequel on pourrait ramener sa folie et ses brouillages gestuels au contact de la drogue.

Jouant astucieusement sur un montage parallèle décuplé, Nolan tisse une histoire d’une complexité remarquable. En plus du dosage technique, l’harmonie se fait aussi du côté moral ; alliant le côté sombre du personnage dans son extérieur, avec les sévices qui lui sont infligés à  l’intérieur, le cinéaste met en avant les failles et les faiblesses de chacun, à  travers l’armure. Ici, il ne s’agit plus – Dieu merci – du super-héros qui questionne son identité parce qu’il a sauvé une petite fille d’un accident de voiture. Batman ne défend pas les gentils et les innocents, au contraire, il serait prêt à  appliquer la formule du ‘une vie contre mille’ pour arrêter un criminel. Sa faiblesse aussi, c’est de pourchasser non pas l’armée du mal, mais le Mal lui-même. Echec. Voilà  tout l’interêt de ce Batman : contourner la niaiserie habituelle pour creuser le mythe, montrer au grand jour ce qu’un super-héros peut laisser refléter sous ses airs de Monsieur Planète.

A la fin, la sensation qui nous est offerte confine à  la jouissance et aux tremblements. Jouissance d’avoir enfin vu un spectacle affranchi de tous les aspects enfantins qui érigeaient l’oeuvre dans son matériau de base (la BD). Et tremblements après l’accrochage à  la pellicule du Joker, des pieds aux cheveux. Un méchant terrible, imbattable, plus charmant, au fond, que la figure héroîque du film, parce que c’est lui qui distribue les cartes, qui a le fait, le geste et le mot en premier. C’est lui qui détient la dernière parole ; on associe généralement un super-héros aux réussites qu’il entreprend. Celui qui réussit, ici, c’est le Joker. Cette envie de l’approcher d’une façon drôle et familiale, d’en faire la figure dominante (non seulement parce qu’il est plus présent et qu’il réussit tout ce qu’il entreprend), est une des idées fondamentales de The Dark Knight révolutionnaire en son genre, qui laisse vivre et faire un criminel en soif de désordre. Pire, qui nous laisse amèrement un héros déçu qui se bat vainement, qui nous montre qu’un super-héros peut perdre, pire, que le spectateur ne s’attache pas ou plus à  lui, coulé par les agissements profonds d’un méchant au charisme imbattable. Humilié, Batman retourne vivre sa vie de séducteur, peut-être. Il n’est plus ce que les gens attendent de lui. Va t-il se limiter dorénavant, et comme Spider-Man ou bien d’autres dès leurs débuts, à  sauver les vieilles femmes et les petits garçons ?

Jean-Baptiste Doulcet

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The Dark Knight, Le Chevalier Noir
Flm américain de Christopher Nolan
Genre : Fantastique
Durée : 2h27
Sortie : 13 Août 2008
Avec Heath Ledger, Christian Bale, Aaron Eckhart

La bande-annonce :

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