Home

aff film_1.jpgC’est une maison au bord de l’autoroute, occupée par Michel, Marthe et leurs trois enfants. Drôle d’endroit pour habiter, mais aussi curieuse famille, très soudée et vivant en autarcie, comme retirée du monde, coupée de ses semblables. Drôle de premier film, signé par la franco-suisse Ursula Meier, déroutant et intrigant, sorte de conte moderne sur notre façon de ne pas voir les autres, surtout quand ils sont différents et anormaux, de se ménager des espaces de liberté individuelle en remparts contre le monde extérieur.

Dans Home, rien ne nous est dit sur les raisons qui ont pu pousser cette famille à  s’implanter au milieu des champs de blé, au bord d’une autoroute désaffectée dont la mise en circulation est sans cesse ajournée et qui sert, à  l’occasion, de formidable terrain de jeu à  Julien, le garçon. Retirée du monde, la famille en question en fait néanmoins partie : le père travaille et les deux cadets vont à  l’école, la mère – à  l’humeur souvent mélancolique, qui pourrait bien être la cause de cette étrange retraite – et la fille aînée restent à  la maison. Dans laquelle règne un bel esprit de liberté et de communion : l’aînée se fait bronzer toute la journée en fumant sans interruption et en écoutant à  fond du heavy metal sans que cela semble gêner quiconque, et la proximité des corps, notamment dans la salle de bains, sous-entend le lien fusionnel entre eux.
Lorsqu’une équipe d’hommes habillés en orange – comme des robots mécaniques qui ne voient même pas les habitants de la maison – l’équilibre de la famille commence à  vaciller. Comment réagir à  ce bouleversement, ce passage du silence total aux bruits continuels et agressifs et comment les relations entre les cinq personnes vont-elles évoluer face à  l’irruption d’un événement aussi perturbateur.

Home tend dans un premier temps à  nier le changement et à  défendre coûte que coûte le maintien des habitudes, ce qui produit quelques scènes cocasses : la livraison d’une pizza ou l’acheminement d’un congélateur ramené sur le toit de la voiture. La résistance fait néanmoins long feu face à  l’augmentation du trafic et à  la montée exponentielle du vacarme ambiant. La famille envisage alors de se calfeutrer, de se couper définitivement du monde et de ses manifestations bruyantes et transforme la maison en camp retranché.
La grande force du film consiste à  s’inventer en permanence sous nos yeux et à  déjouer certains pronostics. A l’extérieur de la maison, il est servi par l’excellent travail d’Agnès Godard, la talentueuse directrice de la photographie dont Claire Denis s’adjoint régulièrement les services. Il y a aussi un travail prodigieux sur la bande-son, laissant imaginer la nuisance incroyable que représente un flot incessant de circulation.

La seconde partie de Home paraît moins convaincante, flirtant avec le cinéma fantastique. Mais elle continue cependant à  prouver une imagination fertile de la part de Ursula Meier, tant nous sommes bien incapables de savoir vers quoi son film va nous conduire. Jusqu’où la tentation de fuir le monde – donc, les autres hommes – peut-elle amener ? Et est-il réellement possible de se passer de tout contact avec l’extérieur ? Ou faudra-t-il finir par ouvrir une brèche et revenir au monde ?
Des questions fondamentales et plus que jamais d’actualité, qui traversent nos sociétés égoîstes et repliées sur elles-mêmes, prônant les bienfaits de l’individualisation.
Des questions que Ursula Meier choisit donc de traiter par le biais d’une fable singulière, où une autoroute mise en service devient l’élément qui enraye une mécanique à  priori bien huilée. Home est un coup de maître qui séduit par son originalité et son regard, son traitement qui en fait un véritable film de cinéma. Et qui atteste, du coup, de la naissance d’une cinéaste. Bonne nouvelle.

Patrick Braganti

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Home
Film français, belge et suisse de Ursula Meier
Genre : Drame
Durée : 1h37
Sortie : 29 Octobre 2008
Avec Isabelle Huppert, Olivier Gourmet, Adélaîde Leroux, Madeleine Budd, Kacey Mottet

La bande-annonce :

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