« L’Été des oubliés », de Simon Rochepeau & Benjamin Bachelier : mauvais œil sur Belle-Île

Cette BD raconte l’histoire d’un film inachevé sur les enfants prisonniers de Belle-Île, lequel avait pourtant toutes les chances de devenir un grand succès et un classique du cinéma. Mais parfois, la scoumoune est la plus forte… Certains destins seraient-ils maudits pour se faire oublier à ce point ?

L’Été des oubliés – Simon Rochepeau & Benjamin Bachelier
© 2026 Rochepeau / Bachelier / Futuropolis

C’est un concours malheureux d’événements qui aura empêché Marcel Carné, l’un des réalisateurs français les plus marquants au XXe siècle, de terminer son film, La Fleur de l’âge. Celui-ci devait relater l’évasion d’enfants de leur pénitencier à Belle-Île-en-mer. Problèmes financiers, météo défavorable, tensions au sein de l’équipe, caprices de stars, grèves diverses… c’est comme si une malédiction avait pesé sur ce film.

L’Été des oubliés – Simon Rochepeau & Benjamin Bachelier

Quand on parle de film inachevé, on pense surtout au Don Quichotte de Terry Gilliam, qui sortit finalement en salles 18 ans après le début d’un tournage marqué par des péripéties de tous ordres. On connaît moins l’histoire entourant La Fleur de l’âge, qu’avait entrepris de tourner Marcel Carné avec une brochette d’actrices et d’acteurs prestigieux : Paul Meurisse, Arletty, Martine Carol, Serge Reggiani et Anouk Aimée, qui, elle faisait ses débuts au cinéma. Le réalisateur souhaitait raconter, sur un scénario de Jacques Prévert, les circonstances de la révolte d’adolescents détenus au bagne d’enfants de Belle-Île-en-Mer en 1934 (cela paraît difficile à croire, mais il y avait des bagnes pour enfants à cette époque !). Tout avait très mal commencé, puisqu’un premier tournage, en 1937, fut interrompu pour des raisons diverses, notamment la censure et les prises de position controversées de Prévert, pour reprendre dix ans plus tard. Mais de nouveau, les déboires ne firent que s’accumuler, le projet s’avéra alors un fiasco total.

C’est donc une histoire dans l’histoire que nous propose Simon Rochepeau, tout en se centrant plus particulièrement sur les circonstances du tournage. Si au départ, il évoque la façon dont la révolte de ces gamins s’est déclenchée, le récit bifurque assez vite sur l’arrivée de l’équipe du film à Belle-Île. Le sujet est potentiellement intéressant, mais force est de constater que la narration, avec sa structure kaléidoscopique égrenant des anecdotes diverses et variées, peut être déstabilisante. On pourra seulement dire qu’elle est réussie si l’objectif de Rochepeau était de retranscrire le contexte chaotique du tournage… En outre, que dire de la fin dont le propos poético-mystique m’a laissé au bord du chemin ?

Il faut admettre que le dessin de Benjamin Bachelier n’en facilite pas la compréhension. Si certaines planches recèlent une beauté poétique évidente, grâce surtout à l’emploi de l’aquarelle pour les scènes nocturnes, on restera plus mesuré quant au trait à main levée, peu engageant selon mes critères, et pour tout dire trop brouillon, mais qui surtout freine l’identification des personnages, par ailleurs assez nombreux. On ne comprend pas non plus le choix du découpage, parfois confus.

Certains souligneront sans doute les qualités poétiques de L’Été des oubliés, mais celles-ci ne suffiront malheureusement pas pour en faire un ouvrage appréciable et marquant, pour tout bédéphile amateur de narration un tant soit peu élaborée. Dommage, car la lecture s’annonçait plutôt digne d’intérêt.

Laurent Proudhon

L’Été des oubliés
Scénario : Simon Rochepeau
Dessin : Benjamin Bachelier
Editeur : Futuropolis
104 pages – 22 €
Parution : 3 juin 2026

L’Été des oubliés — Extrait :

L’Été des oubliés – Simon Rochepeau & Benjamin Bachelier
© 2026 Rochepeau / Bachelier / Futuropolis

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