[Live Review] Catastrophe aux Tuileries : dans un jardin d’automne

Le festival Paris l’été propose, au milieu du Jardin des Tuileries, une belle série de concerts. Le collectif francilien Catastrophe, orfèvre de la pop soyeuse, délicate et bien arrangée, y a présenté son dernier album, le réussi La proie et l’ombre, dans une atmosphère orageuse. Après la canicule et dans le tourbillon des feuilles mortes d’un automne précoce.

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Catastrophe au Parc des Tuileries – Photo : Jérôme Barbarossa

Parfois on se dit que l’on devrait plus parler des artistes français ou francophones, d’autant que le  nombre de talents n’a sans doute jamais été aussi important. Dans la chanson de qualité, la pop, le rock, l’électro… La forêt des talents masquée par l’hyperpop à la française, parfois intéressante, et le rap, qui n’est pas notre centre d’intérêts principal. Catastrophe est l’un des beaux arbres de cette forêt, y a cru depuis dix ans, ça commence à ressembler à quelque chose. L’arbre a donné de beaux fruits, notamment un quatrième album réussi, La proie et l’ombre, paru en 2025 chez Tricatel, son label de toujours.

Ce soir, Catastrophe est dans son biotope naturel : au milieu des arbres, comme sur la pochette de sa dernière œuvre. Ceux du Jardin des Tuileries, où le groupe a été invité à se produire par le Festival Paris l’été, à la programmation toujours éclectique, entre chanson, danse, cirque, performances, dans divers quartiers de la capitale jusque début août. Ce samedi soir, deux concerts sont au menu, avec Keren Ann, en vedette en deuxième partie de soirée (à 22h), après une Cigale récente sold out, et avant la Salle Pleyel en fin d’année ; et, en avant-soirée, Catastrophe, qui doit jouer à 19h. Un horaire risqué au vu des 35 degrés à cette heure régulièrement observés ces derniers temps. Mais l’orage est passé, la ville a été rafraîchie, et c’est dans une température parfaite de 24/25 degrés que le groupe va se produire ce soir. Le ciel est menaçant, quasi orageux, et de l’air ramène régulièrement durant le set des volées de feuilles, mortes dès juillet, des platanes et des marronniers des Tuileries. Et nous rappelle cette réalité de l’accélération du réchauffement climatique à laquelle Blandine Rinkel, l’écrivaine et chanteuse principale du collectif (et aussi danseuse et parfois aux claviers), nous rappelle dès l’entrée en scène : « C’est un temps entre chien et loup, nous sommes heureux du retour du vent… En espérant que des décisions politiques aient lieu… »

 

Place à la musique, devant une tribune, pouvant contenir plus de 600 personnes, bien garnie. A la manœuvre, outre Rinkel, Arthur Navellou (chant, danse), Pierre Jouan (clavier et chant), Carol Teillard d’Eyry (batterie, percussions, chant). Le quatuor qui compose le noyau historique du collectif, monté jusqu’à une quinzaine de personnes, est habitué à évoluer de manière ramassée et intime sur scène ces derniers temps. Il est devenu ce soir sextet pour l’occasion, avec le renfort d’une bassiste (prénommée Théodora) et d’une flûtiste (Margaux). Un choix artistique pertinent, qui permet de décliner sur scène avec plus de finesse certaines des compositions, ou d’honorer d’une couleur funky certaines d’entre elles.

En un peu moins d’une heure et quinze chansons, Catastrophe va à l’essentiel, avec La proie et l’ombre comme support principal, représentant deux tiers de la setlist. De ses anciens albums, le groupe retient certaines pépites, ou des « classiques », étonnants à l’aune de son évolution vers un rock lettré et poétique, telle Nuggets, où Navellou et Rikiel entonnent avec le plus grand sérieux des paroles parfaitement ineptes (« I love you / With nuggets in my pocket »). Ou encore celle qui est présentée comme leur plus ancienne composition, Party In My Pussy, accessoirement autre rare tentative en anglais : « Something great is going on / There’s a party in my pussy / Everybody came on… »

Des moments « sympatoches » un peu incongrus en contrepoint de ces chansons aux textes à la poésie crépusculaire, parfois obscures, qui laissent toujours leur place à l’imaginaire. Sauvons-nous, jouée en troisième position après La proie et l’ombre et Délicatesse, en est un bon exemple : « Il a fait beau hier / Mais nous n’y étions pas / Nous pensions à demain / Qui nous manquait déjà / Des silhouettes / s’effacent ?/ D’autres les remplacent / Les informations / Sont des bibelots d’oubli / Nous les collectionnons / Au fond de notre lit / Comme des apothicaires / Qui jouent aux dominos… » Au même registre, Maintenant ou jamais ou Tête à tête, « qui parle des amitiés oubliées » et renvoient à nos répertoires de téléphones portables devenus des « mini cimetières » de connaissances disparues ou évanouies, selon Rikiel, furent également de bons moments.

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Mais c’est finalement par son versant solaire que le groupe emporte bien la partie, avec la volonté incongrue de faire lever et danser le public au son de reprises d’eurodance : Freed from Desire de Gala d’abord, « que l’on peut entendre dans les stades de rugby et dans les manifestations féministes, on aime bien ce petit côté 360 degrés », sourit Rikiel en l’introduisant, assise à côté de Jouan, à deux au clavier et au chant. Les changements de configuration récurrents sont aussi ce qui fait le sel d’un concert de Catastrophe, décidément ludique. D’ailleurs, après un jeu avec le public porté par le batteur (avec son petit air à la Louis Garrel), visant mettre debout le public, c’est au tour de Smalltown Boy de Bronski Beat, d’être entonnée a cappella en haut de la tribune par Navellou, face au public retournée vers lui. Ce n’est pas non plus Nick Cave dans la fosse, mais cela fait son petit effet, avec Franky en coda dans un geste résumant bien Catastrophe : en deux minutes et demie, le groupe chante en chœur de manière joyeuse un texte mélancolique (« C′est toujours quand on est triste que le soleil se lève / Toujours quand on est triste / Le soleil se lève… ») avant que Navellou ne conclue le mouvement par une roue ce set rafraîchissant d’une heure.

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Rendus au Jardin des Tuileries, une fois les chaises longues, le bar du festival et ses planches mixtes à tarif abordable abandonnés, on se dit que ce groupe est bien vivant et mérite d’être découvert ou redécouvert. Qu’il est aussi, peut-être si francilien, trop peut-être, pour réussir, par sa poésie, certaines poses ou mimiques, une distanciation rêveuse, néanmoins consciente politiquement. Un groupe parisien donc. Mais attachant. Et qui eût prédit la trajectoire de leurs glorieux aînés de Feu! Chatterton, devenu le groupe « de rock » ou de « chanson rock » le plus populaire du pays ? Perdus dans ces pensées, nous sommes cueillis, non par un soleil triste, mais bien par la vasque olympique, régnant sur les Tuileries pour une un troisième été de suite, tel un éternel recommencement (running coup de com) appâtant les touristes, et sur sa fête foraine de saison. Sous la lumière olympique mordorée et réconfortante, les quidams font du manège et mangent des barbe-à-papa, peut-être pour certains en attendant une finale pour la troisième place, pour d’autres Keren Ann , dans l’air apaisé de cet automne précoce. Où, telles les symptômes d une menace rampante, d’une catastrophe réelle que l’on a envie d’oublier ce soir et pour quelques jours, les feuilles mortes continuent de se ramasser à la pelle.

Catastrophe :

Jérôme Barbarossa

Catastrophe au Jardin des Tuileries (Festival Paris l’été)
Production : Festival Paris l’été – Les Étés du Louvre (pour le festival) – 3C Tour (producteur de Catastrophe)
Date : le 18 juillet 2026

Prochains concerts dans le cadre du festival Paris l’été (Jardins des Tuileries) :
Sílvia Pérez Cruz dimanche 19 juillet,
Léonie Pernet vendredi 24 juillet.
Renseignements, billetterie : https://www.parislete.fr

Leur dernier album :

La proie et l ombreCatastropheLa proie et l’ombre
Label : Tricatel
Date de sortie : 12 septembre 2025

 

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