L’histoire proposée par Vincent Zabus et Denis Bodart est toute simple et sa lecture aisée. Laissez-vous emporter par les souvenirs de Jean et redevenez cet enfant blessé…

Marié et père de deux enfants, Jean décide de relouer la maison où il avait l’habitude, 25 ans plus tôt, de résider l’été en famille. Sa femme estime que le tarif est élevé pour une maison au confort rustique, mais Jean y tenait tant, qu’elle ne regrette rien. Nous retrouvons le mari sur la plage. Face aux ruines d’un vieille maison bourgeoise, isolée sur la falaise, il semble perdu dans ses souvenirs.
Si je t’écris.. est un enthousiasmant condensé de nostalgie, d’humour et d’émotion contenue. Il ravira les plus sensibles et surprendra les autres.
En quelques pages, Vincent Zabus parvient à nous plonger dans ces journées chaudes et lourdes de l’été, où les estivants se précipitaient à la plage, avant de rentrer partager un apéritif, puis de se plonger dans un mot croisé. Il ravivera chez les plus âgés les souvenirs d’un temps où les enfants, dans un monde jugé manifestement moins hostile, étaient largement laissés à eux-mêmes. Ils étaient libres de jouer avec leur bande, à condition de rentrer à l’heure pour dîner. Alors, l’écoulement du temps semblait comme suspendu. Les vacances paraissaient éternelles et l’enfant était laissé à ses jeux. Si Vincent Zabus joue avec notre nostalgie, il n’idéalise pas pour autant cet âge, les enfants ne sont pas toujours tendres entre eux et Jean se refuse à faire le mort.
Le dessin semi-réaliste de Denis Bodart est fin et dynamique. Il recrée de très convaincantes années 1970, ensoleillées et très joliment ombrées. Ses jouets, des Majorette, des petits soldats et des cyclistes, sont d’époque, j’en témoigne. J’avais oublié l’existence du cerf-volant en plastique aux ailes rouges tournantes. Il a ravivé en moi une frustration enfantine, enterrée, jadis, j’ai rêvé de cet avion. Le dessinateur va jusqu’à nous offrir en première page un très beau vol de mouettes, croqué de quelques coups de craie.
Jean va revivre cette journée inoubliable où il a réussi à se délivrer d’une culpabilité inavouable, car liée à la disparition de sa mère. Il va y être aidé par une véritable sorcière au nez crochu, la propriétaire de la vieille maison. Cette femme était redoutée par tous les enfants de sa bande. Ne parle-t-elle pas avec les morts ? La fin est belle, sensible et lumineuse.

Stéphane de Boysson
Si je t’écris…
Scénario : Vincent Zabus
Dessin : Denis Bodart
Éditeur : Dupuis
80 pages – 18,95 €
Parution : 7 mai 2026
Si je t’écris… — Extrait :

