[Apple TV+] « Plaisir Maximum Garanti » : le talent de Tatiana Maslany ne fait pas de miracles

Tatiana Maslany livre l’une des prestations les plus réjouissantes de l’année dans Plaisir Maximum Garanti. Dommage que le scénario, incapable de maîtriser ses propres ambitions, finisse par transformer cette excellente idée en un thriller aussi confus qu’épuisant.

Plaisir Maximum Garanti
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Une mauvaise série – ou au moins une série médiocre – peut-elle être sauvée par un interprète ? Il est, tout le monde en conviendra, plus compliqué pour un acteur ou une actrice de rattraper les faiblesses d’un scénario mal écrit, d’une mise en scène quelconque, de personnages aberrants sur plusieurs heures que pendant la durée, relativement, brève d’un « film de cinéma ». Pourtant, c’est bien ce qui se passe avec Plaisir Maximum Garanti, de David J. Rosen (scénariste de Sugar, ce qui est un bon point, mais également de l’atroce Citadel) : sans doute aidée par une diffusion au compte-gouttes d’épisodes courts (pas certain qu’on serait aussi bienveillant si on avait binge-watché la série !), Plaisir Maximum Garanti souffre de tellement de défauts que le charme et « l’abattage » comique de Tatiana Maslany méritent toutes nos louanges pour nous avoir convaincus de rester devant notre petit écran jusqu’à la fin des dix épisodes.

Plaisir Maximum Garanti affiche

Parce qu’elle a eu recours aux services sexuels d’un « cam boy », Paula (Tatiana Maslany, révélée par la série Orphan Black voilà une dizaine d’années, et assez discrète depuis…), journaliste passionnée par son métier et mère d’une petite famille en cours de divorce, se trouve victime d’un chantage, puis impliquée dans des meurtres brutaux, et enfin dans une conspiration beaucoup plus vaste. Elle se trouve rapidement considérée comme suspecte par la police, et doit trouver les moyens de prouver son innocence tout en jonglant avec ses engagements de mère de famille, et en gérant un jugement de divorce qui semble de plus en plus mal engagé.

L’idée de départ de Plaisir Maximum Garanti est astucieuse : en racontant la manière dont une existence ordinaire peut être aspirée dans une spirale de pur chaos, où chaque décision, même la plus anodine, aura des conséquences démesurées, voire désastreuses, la série fait coexister les problèmes quotidiens de son héroïne (son divorce, le conflit avec son ex-mari autour de la garde d’enfant, l’importance que revêt sa participation à la vie sociale de sa fille, comme ses matchs de football) avec une intrigue criminelle des plus extravagante. Plaisir Maximum Garanti, comme une majorité des séries Apple TV+ les plus récentes, se risque donc à ce « fameux mélange de genres », forme très moderne de cinéma et de télévision, mais que les productions US peinent souvent à maîtriser.

Et cet équilibre entre chaos assumé et portrait très humain, plutôt réaliste, de son héroïne, ne fonctionne, comme on le craint dès le début, que de manière épisodique. Et toujours lorsque c’est le personnage de Paula qui est au centre de l’écran, jamais lorsque Plaisir Maximum Garanti s’intéresse aux autres protagonistes, quasiment tous très mal écrits : si l’on peut avaler à la rigueur le personnage de l’ex-mari / père, dont la veulerie est très crédible, le duo de policiers est inexistant, tandis que la satire des jeunes générations matérialisée par le « couple » Geri / Rudy est grotesque. Il est en effet rare d’avoir dans une série deux personnages non seulement aussi déplaisants, mais également incohérents, littéralement insupportables que ces deux-là.

Mais le pire vient de la perte de contrôle des scénaristes à mi-course sur leur scénario policier, qui se complexifie au-delà de toute logique, devient de plus en plus absurde, jusqu’à finir par larguer complètement le téléspectateur qui n’en a plus grand-chose à faire quand on arrive à la conclusion de l’histoire. Si l’on ajoute l’usage répété de cliffhangers à la fin des épisodes, il est impossible de ne pas se sentir littéralement abusé par les scénaristes.

Et c’est dommage, parce que le talent étonnant de Tatiana Maslany méritait autre chose que ce gloubi-boulga indigeste, et parce que certaines intuitions de Rosen n’étaient pas stupides : son intrigue est entraînée et accélérée par l’utilisation systématique que font les protagonistes de webcams, de vidéos, et d’analyses de données. Plaisir Maximum Garanti pouvait potentiellement devenir une réflexion sur notre exposition permanente dans une réalité avant tout digitale et technologique.

Espérons donc que la seconde saison, qui semble devoir revenir sur des faits douteux du passé de notre héroïne, permettra d’enrichir ce sujet intéressant, et ne sombrera pas dans les mêmes défauts scénaristiques.

Eric Debarnot

Plaisir Maximum Garanti
Série US de David J. Rosen
Avec : Tatiana Maslany, Jake Johnson, Jessy Hodges
Genre : thriller, comédie
10 épisodes de 35 minutes mis en ligne (Apple TV+) de mai à juillet 2026

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