[Interview] Ludovic Lorre, co-fondateur du Binic Folks Blues Festival : un bout de la genèse du rock

Chez Benzine, nous sommes plusieurs à penser, au risque de vexer nos amis de la concurrence, que le Binic Folks Blues festival est l’événement le plus merveilleux de l’été… Un site idyllique, un échantillon de ce qui se fait de mieux dans le Rock qui regarde vers le futur et non en arrière, une forte saveur australienne, et surtout une atmosphère que l’on ne trouve nulle part ailleurs. C’est pourquoi, nous avons tendu notre micro à Ludo, pour qu’il nous donne la recette de ce succès…

Festival de Binic

Benzine : Cette édition 2026 s’inscrit-elle dans la continuité des précédentes ou avez-vous souhaité lui donner une couleur particulière ? Y a-t-il un fil conducteur dans la programmation de cette année ?

Ludo : Pour cette XVe édition nous voulions revenir à ce qui a construit l’histoire de ce festival pendant les 10 premières années et retrouver l’esprit des débuts de La Nef D Fous. Ma mission reste simple, résumer le temps d’un week-end un bout de la genèse du rock sous toutes ses formes, en construisant une programmation avec de l’audace, du solide, du flamboyant, ou bien du robuste, mais aussi en laissant une belle place pour de l’émotion, de la beauté, de la finesse, ainsi que de belles surprises dont notre public est friand.

Benzine : Quels sont les artistes ou les groupes que vous êtes les plus impatients de faire découvrir au public cette année, et pourquoi ?

Ludo : Entre les monstres sacrés à l’image des Cosmic Psychos ou encore les Datsuns, en passant par la reformation improbable de Soledad Brothers, c’est avec une grande impatience que nous avons hâte d’accueillir les incroyables Where’s Jimmy, DOSS ou bien les impressionnants Chimers pour ne citer qu’eux… Sans parler des Spitters ou de nos derniers protégés les petits prodiges de Friday My Lady !!! Pour les autres groupes présents sur l’affiche, il faudra absolument venir les écouter cet été.

Binic 2026Benzine : Quand vous construisez une affiche, cherchez-vous à représenter une scène musicale – comme la scène australienne – dans toute sa diversité ou privilégiez-vous avant tout les coups de cœur, quitte à brouiller les frontières entre les genres ?

Ludo : En général ça va très vite, entre les premiers noms que j’ai déjà en tête depuis un moment et les autres qui sont dans mon collimateur au grès de ce que j’arrive à débusquer sur les plateformes d’écoute ou en concert, j’adore de plus en plus me surprendre en creusant certains filons inexplorés. Avec Seb aka Boogie de Beast Records ou ce sacré Buzz de U-Turn nous avons réussis à mettre en place un process de sélection qui fonctionne bien, je me réserve bien souvent le dernier mot mais ils savent me faire confiance sur certaines nouveautés dont je suis intimement convaincu de la richesse, du talent et de leur sincérité.

Benzine : Le festival s’appelle toujours Binic Folks Blues Festival, alors que sa programmation fait aujourd’hui la part belle au garage rock, au punk, au psychédélisme ou au post-punk. Ce nom est-il devenu une marque, ou reflète-t-il encore une identité musicale que vous revendiquez ?

Ludo : J’ai rajouté le S à Folk en 2009, après notre première vraie fausse première. J’avais déjà envie de brouiller les pistes à l’époque, de ne pas me retrouver coincé avec un blaze intenable, ou une étiquette ingérable. je trouvais que FOLKS c’était un bon pied de nez à ces puristes ou mélomanes radicaux aux carcans trop grands pour leurs larges oreilles. Le Folks, le Blues, le Binic tout ça fonctionne ensemble aujourd’hui parce que ce festival est une sacrée bonne kermesse musicale de 3/4/5 jours maintenant, et qu’on a tous le cafard quand elle se termine, cette petite fête de village, tellement on y a pris du bon temps bercé par du bon son.

Benzine : Depuis quelques années, on a parfois le sentiment que les frontières entre folk, blues, garage, punk ou psychédélisme sont devenues beaucoup plus poreuses. Est-ce justement cette disparition des étiquettes qui guide votre programmation ?

Ludo : En effet, les frontières de beaucoup de courants musicaux explosent, certains groupes osent des passerelles incroyables ou des percées vertigineuses et réussies en bousculant, triturant les codes du genre. Ça fait un bien fou de se faire démembrer les feuilles grâce à un disque sorti de nulle part et qui du jour au lendemain devient la bande-son idéale de ton quotidien, quelque soit le style de musique au passage. Quand on voit dans quel état se trouve la Pop musique dite de grand public ou populaire pour laquelle les foules s’entassent dans d’autres festivals, je me dis qu’on est vraiment bien comme ça finalement, à Binic.

Binic Public

Benzine : Le festival est désormais payant et, partout en France, les festivals indépendants doivent composer avec une hausse des coûts et des financements plus incertains. Dans quel état d’esprit abordez-vous cette nouvelle édition ? Le principal défi aujourd’hui est-il économique, administratif, ou est-ce devenu plus difficile de convaincre le public de se déplacer ?

Ludo : C’est complètement ça !!!! 10 ans de gratuité, dix ans de miracle et d’équilibre chaque année, pour qu’en 2019 ça finisse par nous couter une blinde et au final avec un bénéfice de 40 000 sur un budget à plus de 700 000, on a eu chaud aux miches plusieurs fois d’affilée. Passer payant en revenant sur le port en 2023 était un choix compliqué pour nous mais nous l’avons assumé, tout ça pour le même résultat au final. Cette année sera encore un vrai pari de savoir si nous pourrons équilibrer ou pas si c’est un succès au niveau de la fréquentation générale. Les dés sont déjà jetés et nous sommes prêts pour que ce soit une belle réussite mais concrètement il y a aujourd’hui tout un tas de facteurs qui confirment que cela devient compliqué de travailler sereinement sur ce chantier ou du moins dans le secteur de l’évènementiel. Il faut vraiment continuer d’y croire, à toutes ces bonnes raisons qui nous motivent, donner à notre public du bonheur malgré tout ce qui ce qui se passe chez nous ou ailleurs dans le monde. En ce qui nous concerne, à La Nef D Fous, on arrive à faire la part des choses mais nous sommes bien conscient que ce système qui nous gouverne ou nous dirige n’est plus celui qu’on a connu à nos débuts et qu’il va falloir faire bientôt des choix en prenant les bonnes décisions afin de garder le bon cap et continuer d’avancer pour nos projets à venir.

Benzine :  Le public du festival semble avoir beaucoup évolué depuis les premières éditions. Avez-vous le sentiment qu’il est devenu plus large, plus familial, plus international ? Et cette évolution influence-t-elle vos choix ?

Ludo : Indéniablement, et ce depuis quelques éditions, notre public lui aussi évolue et je trouve cela plutôt bien. Entre le noyau dur des historiques en passant par les nouvelles générations de curieux du Rock ou les fidèles des fidèles, nous avons la chance d’avoir cette communauté qui nous fait confiance sur le menu musical et ses surprises chaque année. Notre réputation continue de grandir et dépasse largement nos frontières à présent, Binic reste The Plage To Be, mais le Folks Blues lui sera toujours cette petite Venise de la musique Rock au sens large, alternative et indépendante.

Binic dans la fosse

Benzine : Après plus de quinze ans d’existence, quel regard portez-vous sur l’avenir du Binic Folks Blues Festival ? Quels sont aujourd’hui vos principaux défis, mais aussi vos envies pour les prochaines éditions ?

Ludo : Ça fait 3 ans de suite que j’annonce que c’est dernière à chaque fin de Festival, donc cette année, pour changer, je ne dirai rien, histoire déjà de me faire marrer moi-même, et surtout profiter de l’occasion faire bon point GPS dans ma tête après la kermesse tranquille, dans un coin là où il n’y aura rien.

Benzine : Après toutes ces années passées à défendre cette musique, qu’est-ce qui continue à vous procurer le plus de plaisir lorsque le festival ouvre enfin ses portes ?

Ludo : Voir les visages des gens sourirent et être heureux de se retrouver ensemble reste un de mes plus grand plaisir tous les ans. Simplement voir et ressentir que tous les bénévoles, les équipes techniques et les artistes sont eux aussi tous au même diapason du bonheur. Et, comme une petite tradition chaque année, entendre mon père me demander malicieusement quand est-ce que j’en aurais enfin fini avec toutes mes conneries…

Propos recueillis par Eric Debarnot

Information et billetterie : https://lanefdfous.fr/

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