Percevalmusic – Recueil du Mal / Brou de Noix – 000

Deux albums instrumentaux que l’on ne qualifiera pas de »post-rock » et que l’on aura même du mal à  qualifier : Percevalmusic et Brou de noix sont deux franc-tireurs !

 

percevalmusic-recueilPercevalmusic – Recueil du Mal

Le duo guitare / batterie Chevreuil est sorti du bois de la musique underground pour devenir un groupe culte. Projet parallèle de Tony Chauvin, en charge des guitares dans cette drôle de bête musicale, Percevalmusic est en passe de lui emboiter le pas, construisant une discographie sans nul autre pareille. Cela commençait fort en 2005 avec Viescolaire, sorte de télescopage entre Einstürzende Neubauten et la musique médiévale. Et après,  Dormir, sommeil en 2007 cela se poursuit aujourd’hui avec Recueil du Mal, après un passage par la case spectacle de danse contemporaine (Chauvin a composé la musique de Qu’après en être revenu de Jean-Baptiste André). Dans ce troisième opus, Percevalmusic poursuit son travail avec une guitare,  quadriphonique donnant une fil électrique, parfois continue, à  la musique. Mais Chauvin n’est plus seul et fait entrée le batteur/saxophoniste Ti Yann Février dans son univers. Dire dès lors que,  certains titres du disque sonnerait un peu plus jazz, serait un peu hâtif. Messe souterraine est une vraie pièce de musique contemporaine bruitiste où le saxo vient rajouter le bruit d’un vent effrayant dans une musique de tonnerre et de foudre qui se rapproche peu à  peu : la BO idéale pour décrire le château de Nosferatu. Sur Circumterrestre ou Odysseus, c’est un saxo de charmeur de serpent qui illumine une nuit d’Orient, preuve que l’on trouve de tout dans le monde de Percevalmusic. Car pour le reste, Recueil du Mal reste un album rock, à  cette guitare quadriphonique que l’on jurerait sorti de la musique progressive, Chauvin y ajoute des riffs à  la nervosité toute hard rock : Grand Architecte pourrait ressembler à  la montée anxiogène d’un giallo mis en musique par les Goblins. Elevation ou Voyage Voyage joue sur ce même contraste, cette fluidité électrique (qui semble parfois défiler à  l’envers) liée à  une rugosité de l’attaque : les Pink Floyd rencontrent Black Sabbath, pour notre plus grand bonheur.

Date de sortie : 7 octobre 2013
Label : Autoproduction

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brou-000Brou de Noix – OOO

Ce premier album signé Brou de Noix peut être classé comme vraie oeuvre musicale, celle que l’on se prend pleinement dans la figure et qui, dans l’absolu, doit s’appréhender dans son ensemble. L’homme derrière le projet n’est pas un inconnu puisqu’il s’agit de Fred Debief, moitié de Lufdbf, chroniqué ici même. Originaire de Besançon, le duo se caractérise par ses voix,,  entre Gainsbourg et Kat Onoma. Pour Brou de noix, exit cette présence parlée, place est entièrement dévolue à  la musique. Il y a certes des choeurs évanescents sur Chords of Banana, le titre le plus aérien de l’album, mais ils ont plus valeur d’instrument que de tout autre chose. Il y a surtout un extrait du poème de John Keats, A draught of sunshine, sur Golden Sunshine. Mais cette voix gutturale apparaît comme un îlot fragile perdu dans un océan de musique. Essentiellement instrumental, OOO est affaire de climats et d’atmosphères. Le brou de noix est un colorant naturel permettant de noircir la surface où on l’applique. Le traitement appliqué à  sa musique par Debief noircit lui aussi le tableau ;,  la substance n’est pas,  vraiment naturelle (on parle ici d’électronique, de boîtes à  rythme, d’effets flanger et parfois de saturation) mais permet néanmoins des nuances, à  travers une musique composite et stratifiée. Et si le rendu fait parfois bloc,,  le musicien sait varier les plaisirs (SM ?) et choisit à  la fois le court-circuit, avec une présence frontalement musclée (Ashes et son côté Young Gods) et le long-circuit où l’impact musical se diffuse progressivement par tous les interstices laissés par la musique, quitte à  ne devenir qu’une nappe synthétique ambient (Amnesia). Cette richesse d’atmosphères permet à  OOO de postuler comme la BO idéale pour un film d’anticipation, une dystopie noire et acier. Parfois – en restant fidèle à  cette métaphore chromatique,,  la couleur rouge sang envahit la surface visible, quand des éléments de world viennent donner une présence plus humaine à  cette musique synthétique. Des percussions arabisantes sur Dynamo, une guitare hispanique sur Alhambra ; Brou de Noix, le musicien blanc assoiffé d’expérimentations, va chercher chez Can les mêmes sources de recherche.,  Car plus largement, OOO est le fruit d’une vie d’écoutes musicales et on y trouve des sources diverses , : du punk, de la new wave, du krautrock, du gothic, de l’indus, de la noise, le tout étant amalgamé dans un substrat électronique influencé par Aphex twin, Letfield ou Amon Tobin. Tout ceci dans un seul disque, peut-être trop long, mais qui peut impressionner durablement votre discothèque.

Date de sortie : 14 octobre 2013
Label : Autoproduction

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Video de 1235 part 1
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